L’idée de taxer les super-riches, qui n’est pas si nouvelle, refait surface avec force, aujourd’hui que la crise est plus que confirmée. Même Maurice Lévy, le patron de Publicis, en réclame l’application dans une tribune libre publiée dans le Monde, tout en pondérant son enthousiasme en n’évoquant finalement qu’une « contribution exceptionnelle », qui n’ait donc rien de pérenne. Pierre Bergé lui a emboîté le pas. Ce simple fait ne signifie-t-il pas qu’il serait déjà trop tard ?
Les milliardaires américains, de leurs côtés, tracent depuis un certain temps ce sillon avec un autre panache, emmenés par Warren Buffet, qui martèle sur le sujet depuis déjà plusieurs semaines. Certains d’entre eux n’hésitent pas, dans les interviews qu’ils accordent, à proclamer qu’ils pourraient même « contribuer personnellement de bien plus à l’effort indispensable au redressement du pays ».
Le milliardaire français est dans l’ensemble beaucoup plus frileux, moins partageur, en tous cas bien moins investi de cette forme de responsabilité, ou de pudeur, que son compère d’outre-Atlantique. Parfois même le milliardaire de nos climats cherche encore, mon dieu quel ringard, à progresser dans le classement des fortunes mondiales (Arnault, seulement 4e ou 5e au classement mondial, aimerait tellement rattraper Bill Gates…).
Chaque parti de gauche a gravé l’idée de taxer les très hauts revenus dans son programme pour la présidentielle, mais, sans trop faire dans le catastrophisme, pouvons-nous précisément prévoir où nous en serons au printemps 2012 ?
Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, a proposé le 18 août l’instauration d’un impôt exceptionnel sur les patrimoines supérieurs à 5M€ et sur les revenus mensuels de plus de 20 000€ pour aider à combler les déficits. Cette taxe concernerait selon lui :« au moins 150 000 personnes et pourrait rapporter 2,5Mds€/an ».
La sociologue Monique Pinçon-Charlot me fait souvent mourir de rire. Elle a choisi benoîtement, avec son mari, de se spécialiser dans l’étude de la bourgeoisie. Son livre « Président des riches », sans avoir l’air d’y toucher, apporte son pesant de confettis pimentés au portrait de Nicolas Sarkozy. Une version « enrichie » sortira le 15 septembre.
Dans un interview accordé à 20 minutes, cette fois inspiré, Monique Pinçon-Charlot décrypte les surprenantes déclarations des quelques généreux super-riches français comme Lévy et Bergé : « Les riches sentent les dangers de la situation actuelle ».
« Compte tenu des affaires Servier, Tapie, Bettencourt et Wildenstein qui touchent de près le président de la République, ses amis se devaient de faire un geste pour apaiser la tension. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la tribune de Maurice Lévy. (…)
Payer une contribution exceptionnelle est le moyen pour les riches de se légitimer. Surtout qu’elle ne serait pas très contraignante. Maurice Lévy parle bien d’une taxe exceptionnelle. Cela sous-entend qu’elle sera provisoire. »
Mathieu Bruckmüller : Pensez-vous qu’avec cette crise, en France, les riches vont devenir plus solidaires ?
MPC : Rien ne va changer. Souvenez-vous en 2008, l’Etat français a volé au secours des banques à coup de milliards. Tout est rentré dans l’ordre très vite pour ces institutions. La preuve, elles se sont remises à verser des bonus à leurs dirigeants et à leurs traders. Regardez cette année, le plan de sauvetage de la Grèce. Il va alourdir l’endettement de la France de 15Mds€. Mais c’est un cadeau inouï aux grandes fortunes grecques qui sont les principales créancières du pays. Conclusion : on fait toujours des cadeaux aux plus riches.
MB : A partir de quand est-on considéré comme très riche en France ?
MPC : La grande richesse est multidimensionnelle. Bernard Arnault est l’homme le plus riche de France avec 21Mds€, Jean-Paul Gaultier, 500e fortune hexagonale selon Challenges, est à la tête de 60M€. L’écart entre les deux est très important.
Mais la richesse est de plusieurs ordres. Au-delà de la richesse matérielle, il y a la richesse culturelle (tableaux et autres œuvres d’art…), sociale (cercles, réseaux…), et la richesse symbolique. Le riche est plutôt mince et redressé alors que le pauvre a tendance à souffrir d’obésité. Jamais les individus n’ont autant porté l’origine de leur classe sur leur corps.
La grande richesse, c’est comme un iceberg. Quand on en voit une partie, il faut se dire qu’il y en a 100 fois plus en dessous. »
André Balbo
sources : Monique Pinçon-Charlot, 20minutes, Le Monde, Libération

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