Ils en raffolent. Quand ils jouent à « 1, 2, 3 Soleil ! », les enfants s’approchent rapidement et sans bruit dans le dos de celui qui compte « 1, 2, 3 Soleil ! », et s’immobilisent lorsque celui-ci se retourne. Délicieuses frayeurs et stratégies d’approches élaborées…
Et c’est ainsi que le patron de LVMH, qui guette Hermès depuis 10 ans, a acheté en toute discrétion des petits paquets d’actions de la maison de luxe en évitant soigneusement de dépasser le seuil fatidique des 5% qui l’aurait contraint à se déclarer à l’Autorité des marchés financiers. Selon le Canard Enchaîné, le milliardaire belge Albert Frère lui aurait prêté la main.
Badaboum ! Coup de théâtre le samedi 23 octobre à 11h quand les dirigeants d’Hermès découvrent qu’Arnaud possèdera bientôt plus de 17% de la société.
Patrick Albaladejo, le directeur général adjoint d’Hermès, devait déclarer : « C’est la surprise qui domine. Nous avons été avertis de la prise de participation de LVMH une heure seulement avant la publication de son communiqué. »
Communiqué dans lequel LVMH indiquait avoir « scrupuleusement respecté » la réglementation boursière, ce dont l’AMF devra bientôt s’assurer, mais l’ex-directeur juridique de LVMH Pierre Godé aurait la réputation d’être un « as des montages tordus mais légaux ».
Si la pêche aux actions a commencé en 2000, elle se serait accélérée dans les deux dernières années par des montages imaginés avec plusieurs banques restant elles-mêmes propriétaires des titres par paquets de 4,99%, voire avec des « amis bienveillants »… jusqu’au spectaculaire lever de rideau du 23 octobre.
S’agirait-il d’un « ramassage occulte des titres » comme l’imagine peut-être Colette Neuville, qui préside l’Association de défense des actionnaires minoritaires ?
Cette histoire possède aussi un versant comique, Bernard Arnault ayant justifié cette opération si complexe et d’aussi longue haleine, par la menace qu’auraient fait peser sur Hermès les terrifiants prédateurs étrangers que sont par exemple Richemont, Prada, et d’autres…
Ainsi le renard est-il aujourd’hui confortablement installé au pied de l’arbre, prêt à grignoter au fur et à mesure les vendeurs des trois familles héritières qui pourraient se révéler tentés, dans un avenir plus ou moins proche, puisque ce renard a montré qu’il savait attendre… N’avait-il pas patienté 3 ans avant de prendre le pouvoir chez LVMH en 1990 ?
De son côté, le bloc familial a fait savoir qu’il représentait non pas 70 mais 75% des actions.
Le siège commence.
André Balbo
Sources : Les Échos, Le Canard Enchaîné, Le Monde

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