Robert Wittman, expert en « récupération de chefs-d’œuvre », faisait un métier difficile et très dangereux. Il vient de publier aux éditions Crown ses mémoires, qui seront traduites en 2011 chez Sonatine, dans lesquelles il raconte ses nombreuses aventures d’infiltré parmi les trafiquants d’art, auprès desquels il tentait de reprendre tantôt un Renoir, quelques Picasso, et de nombreux autres trésors patrimoniaux.
Ainsi narre-t-il, un peu amer, comment le musée de l’Armée a brillamment gaspillé le succès d’une de ses périlleuses opérations. Une carabine, spécialement fabriquée pour Napoléon III, ouvragée en 1853, avait été dérobée aux Invalides durant la Seconde Guerre mondiale. Elle portait la signature de Louis-Julien Gastinne, fournisseur attitré de l’empereur. Elle fut proposée un jour pour 12 000 USD sur Internet par « Tom », collectionneur d’armes de « toutes origines », de San Antonio, au Texas.
Robert Wittman s’y rend, couvert par une équipe conséquente, rencontre « Tom » qui lui raconte son petit roman, et il parvient par chance à récupérer la carabine.
Le FBI, par la suite, organise une conférence de presse, dont Wittman, à son habitude, reste à l’écart. Il y sera dit la fierté d’avoir « récupérer une pièce aussi précieuse du patrimoine culturel français », et vanté « l’engagement du FBI à se porter en première ligne contre le trafic d’œuvres d’art et de biens historiques ».
Il se trouve que cette exceptionnelle carabine d’une grande valeur patrimoniale n’a finalement jamais (pas encore ?) été restituée au musée de l’Armée à Paris, auquel la justice américaine avait pourtant simplement demandé, afin de pouvoir la lui rendre, de missionner un expert pour authentification. « On a attendu des mois, on a réclamé, et personne n’est venu ! On a dû la rendre au type. Tout le monde était furax ! »
Et c’est ainsi que l’Armée française perdit une bataille pour ne pas l’avoir livrée. Sic transit gloria mundi.
André Balbo
Sources : Robert Wittman & John Shiffman, Libération

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