C’est tout à l’honneur du musée Marmottan Monet que d’organiser enfin, et son succès la fait prolonger jusqu’au 29 juillet, la première rétrospective, depuis près d’un demi-siècle en France, de l’œuvre remarquable et si originale de Berthe Morisot (1841-1895).
Berthe Morisot, Au bal, 1875 © musée Marmottan Monet, Paris / Bridgeman Art / Presse
Décidément, l’année 2012 semble vouloir faire davantage cas des artistes femmes : Artemisia, Berthe Morisot... Qui sera la prochaine ?
Berthe Morisot étudia très tôt, avec sa sœur Edma, la peinture. Elles copièrent des tableaux du musée du Louvre, puis plus tard, approfondiront leur pratique, à l’atelier de Jean-Baptiste Corot, à Ville-d’Avray. Il est indéniable que, pour Berthe Morisot, sa rencontre avec Édouard Manet constitua un moment fondamental, ou fondateur, tant dans sa vie personnelle que pour sa sensibilité de peintre.
Elle rejoindra les Indépendants, qui allaient devenir les impressionnistes, et sera certainement LA femme de ce groupe, celle qui inspirerait respect et admiration aux plus grands, aux plus exigeants, pour la qualité, l’originalité et la force de sa peinture, enfin celle dont ils conserveraient et collectionneraient jalousement les tableaux. Et cela, dit sans exagération, inclura les Degas, Manet, Monet et Renoir, par exemple...
Son intérêt pictural la portait vers des motifs de scènes familiales, d’enfants, de femmes, des scènes d’harmonies quotidiennes, de nature, d’intérieur. Elle peignit relativement peu son mari Eugène Manet, le frère d’Édouard, juste quelques tableaux, de composition originale, sur lesquels il figurait avec leur fille Julie.
La palette de Berthe Morisot est très particulière, faite de blancs, d’argents, de roses, verts, bleus pâles, "pastélisés", et de recherches de transparences. On imagine aisément les longues conversations qu’elle eut à ce sujet avec son ami Claude Monet.
Sa touche est tout autant caractéristique que sa palette, faite souvent de longs effleurements rectangulaires plus ou moins épais. Il émane de ses tableaux de l’harmonie, de la simplicité, de la fragilité et de la détermination tout à la fois, et de la douceur.
Originalité et innovation encore dans les choix de compositions, et dans les attitudes "innovantes" qu’elle choisit pour ses modèles ou pour elle-même. Edma sera peinte de dos, en train d’arroser ses plantes. Devant un miroir, l’artiste se saisira sous deux angles inédits qui "aboutiront" tout à la fois portrait et tableau.
Il sera facile de constater, grâce à l’importance de cette exposition, l’ampleur, la féminité et l’ambition de son œuvre. 150 peintures, pastels, aquarelles, sanguines et fusains, ont été rassemblés, ainsi que quelques carnets de croquis de l’artiste, provenant de nombreux musées et de collections particulières du monde entier.
Parmi ces collections, il convient de souligner la prééminence de celle du musée Marmottan Monet, léguée par Annie et Denis Rouart, descendants directs de Berthe Morisot.
Une telle sélection d’œuvres permet d’évoquer le parcours de l’artiste dans sa globalité, de ses débuts, vers 1860, jusqu’à sa mort à l’âge de 54 ans.
Rappelons que la dernière exposition la concernant fut organisée en 2002... mais c’était en Suisse, à la Fondation Martigny.
Berthe Morisot, La Psyché ou Le Miroir, 1876 © Museo Thyssen-Bornemisza, Madrid
Un exceptionnel ensemble d’autoportraits, comme de portraits de Berthe Morisot par Édouard Manet ouvre l’exposition dédiée à celle qui fut un peu son égérie, sa confidente et son admiratrice, avant de devenir sa belle-sœur.
Mallarmé fut le tuteur de sa fille Julie, à la mort d’Eugène Manet, et à Renoir échut la charge de son éducation de peintre.
Le Portrait de Berthe Morisot par sa sœur Edma, des copies de Véronèse peintes au Louvre ou de la Vue de Tivoli, de Corot retracent la formation de Berthe Morisot et d’Edma, qui fut sa compagne de peinture jusqu’en 1869, puis son principal modèle entre 1869 et 1873.
Dès la première exposition du groupe impressionniste, qui avait été organisée chez Nadar en 1874, Berthe Morisot se distingue par sa thématique féminine et son style délicat, son habileté à retranscrire dans ses tableaux l’atmosphère limpide et la touche légère de l’aquarelle qui confère à son œuvre une fraîcheur particulière.
À partir de 1873-1874, cousines, amies et modèles professionnels posent pour des portraits en toilette de bal – dernières études de noir – ou pour des scènes intimes qui révèlent, de leur côté, l’évolution de la palette de Berthe Morisot vers des teintes pastel, lui valant d’être comparée à Watteau, Bonington et Fragonard, dont on dit qu’elle aurait été l’arrière-petite-nièce.
Sa fille Julie, qui naît en 1878, s’impose par la suite tout naturellement comme son modèle de prédilection.
Berthe Morisot, Julie rêveuse, 1894 Collection particulière – © Dreyfus
Une quinzaine de peintures, exécutées entre 1882 et 1888, sont regroupées au cœur de l’exposition. Par-delà le thème de l’enfance, elles témoignent d’une œuvre parvenue à maturité qui, à travers ses couleurs, sa facture et ses effets de matière, incarne « l’impressionnisme par excellence ».
Dans la dernière partie de l’exposition, deux sections se font face. L’une est dédiée aux paysages, un thème que Berthe Morisot aborde tout au long de sa vie et qui, vers 1894-1895, est le support privilégié de ses ultimes recherches sur la dissolution des formes.
L’autre rassemble les trois versions du Cerisier et de la Petite Bergère allongée.
Berthe Morisot, Bergère nue couchée, 1891 © Carmen Thyssen-Bornemisza Collection, on loan at the Thyssen-Bornemisza Museum
En ce moment, une exposition au Centre Pompidou souligne chez Matisse ses recherches qui procédaient par paires ou séries. Que dire de plus au sujet de Berthe Morisot ? Il suffira de regarder et de comparer ses trois versions du Cerisier (voir plus bas la couverture du catalogue Hazan), présentées dans cette exposition, de même que toutes ces "Bergère de Mézy"... Exigence de l’artiste. Exigences des artistes. Comme Monet aussi. D’ailleurs, by the way, Berthe Morisot fit aussi des meules !
Dans les derniers portraits de Julie, des œuvres soulignent l’intérêt tardif mais essentiel du peintre pour les grandes compositions et, à partir de 1885, pour le dessin.
À travers cette rétrospective, le musée Marmottan Monet célèbre l’une des impressionnistes les plus inventives et les moins dogmatiques.
On se souvient qu’une de ses toiles en 2011, pourtant déclarée disparue de longue date, avait fait l’actualité en réapparaissant dans la chambre forte de l’Institut Wildenstein, rue de La Boétie, ce qui avait entraîné le dépôt d’une plainte de M. Yves Rouart, arrière-petit-fils de Berthe Morisot et arrière-petit-neveu d’Édouard Manet.
Il existe d’elle une biographie documentée, fine, sensible et passionnante : Dominique Bona, Berthe Morisot, le secret de la femme en noir, Grasset, aujourd’hui en poche.
L’ouvrage "Berthe Morisot", publié par Hazan est également remarquable (264p, 39€). Superbes reproductions et commentaires extrêmement documentés. À recommander, de même que celui publié en 2002 par la Fondation Martigny, devenu rare.
Musée Marmottan Monet 2 rue Louis-Boilly 75016 Paris Métro Muette (9) RER C Boulainvilliers Bus : 22, 32, 52, P.C. Ouvert du mardi au dimanche de 10 à 18h. Nocturne le jeudi jusqu’à 20h. Fermé au public le lundi Un catalogue de l’exposition a été édité chez Hazan 35€ Entrées 10(e) ou 5€
Vous retrouverez dans l’article « 2012 à Paris : les grandes expositions de A à Z » les différentes expositions 2012 déjà annoncées par leurs établissements et musées, et dans l’article « Calendrier 2012 des grandes expositions à Paris », ces mêmes expositions classées par dates.
David méditant devant la tête de Goliath, d’Orazio Gentileschi, huile sur lapis-lazuli, exposition Artemisia
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André Balbo
sources : Musée Marmottan Monet, Dominique Bona, Wikipédia, Hazan, visite

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