L’humoriste Stéphane Guillon, encore lui, a comparé hier sur France Inter le ministre Éric Besson à « une taupe du FN ». Que son directeur Jean-Luc Hess n’apprécie pas toujours ces billets de début de semaine sur la station nationale d’État est une chose que l’on peut comprendre. Qu’il pousse le bouchon jusqu’à considérer qu’il devait s’excuser de la saillie de son employé auprès du ministre de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire en est une autre.
Monsieur Hees ! Notre société est déjà suffisamment comprimée, triste et morose pour que vous ne tentiez pas d’asphyxier les piques de nos rares humoristes remuants, déjà assez émoussées par rapport à celles de leurs glorieux prédécesseurs dont nous ne mentionnerons que Coluche et Thierry Le Luron, autrement plus cruels.
Des critiques formulées par Stéphane Guillon se seraient référées au physique du ministre ? Mais pourquoi donc aucune voix ne s’élève-t-elle quand sont émises les sempiternelles blagues de courtisans des académiciens du rire gras, les attelages de Philippe Bouvard et de Laurent Ruquier, pour ne citer qu’eux, quand ils épinglent pour la énième fois la corpulence d’une Roselyne Bachelot comme son attachement supposé aux rillettes, ou le penchant, bien compréhensible s’il était vérifié, compte tenu du poste qu’il occupe, de Jean-Louis Borloo, ministre d’État, ou encore le glamour absolument tout à fait indéniable d’une Martine Aubry.
Éric Besson s’est insurgé contre l’humoriste qui l’avait brocardé ? Il se range en le faisant dans la queue où se retrouvent ceux dont le public a pu avoir à se moquer à un moment ou à un autre : les Dominique Strauss-Kahn, Nicolas Sarkozy, le Prince Jean, et Jean-Luc Hess lui-même par exemples. Retenez donc un peu l’humoriste ? Le pouvoir va souvent de pair avec un certain risque d’exposition…
En déclarant « Il faut arrêter les amalgames, arrêter les anachronismes » Éric Besson s’est attiré la réplique pleinement justifiée du SNJ-CGT qui a qualifié « ces menaces contre le droit à la caricature, contre le droit d’expression et de critique (…) de scandaleuses et dangereuses ».
Sur Dailymotion, la vidéo du billet d’hier de Stéphane Guillon n’est pas loin de rejoindre celles des billets qu’il avait consacrés à Strauss-Kahn et Jean Sarkozy.
Protégeons avec la plus grande vigueur nos fous et nos guignols ! Ils nous protègent au quotidien de tellement de choses !
André Balbo
Source : Le Parisien

envoyer par mail
Imprimer la page