C’est le 19 octobre que le Conseil de Paris doit en débattre. Les Verts se sont déjà exprimés sur le sujet. Pour les associations qui viennent en aide aux toxicomanes, il est plus qu’évident qu’elles augmenteraient non seulement la sécurité de cette population mais également celle des riverains, en résolvant notamment la question des fréquents abandons sur la voie publique de seringues risquant d’être contaminées.
Les associations d’aides aux usagers de drogue en situation de grande précarité rappellent, à l’occasion du débat sur les salles de shoot, leur grand intérêt sanitaire. Pierre Chappard, coordinateur du collectif du 19 mai pour l’expérimentation des centres de consommation supervisée précise que, si on les appelle "salle de shoot", la majorité sont des centres de consommation qui ont aussi une salle spéciale pour l’inhalation de drogues : héroïne, mais aussi cocaïne sous forme de crack.
Pour Stéphane Roy, coordinateur de l’association Safe qui gère 33 distributeurs automatiques de kits d’injection stériles disséminés dans toute la capitale : « Sans les salles de shoot, on ne peut pas aller au bout de la prévention. Il y a deux ans, les machines qui récupèrent les seringues usagées en distribuaient 2 500/semaine ; maintenant, on dépasse fréquemment les 3 200. Bien sûr, tous les usagers ne se shootent pas dans la rue, mais les plus désocialisés n’ont pas d’autre solution.
Et il faut quand même savoir ce que c’est que de se shooter à l’arrache dans la rue. Ils vont vite, ne respectent pas les conditions sanitaires minimales, au besoin abandonnent leur matos sur la voie publique… C’est dangereux pour tout le monde. La salle de shoot permettra de limiter cette toxicomanie de rue. »
Pierre Chappard, du collectif du 19 mai pour l’expérimentation des centres de consommation supervisée, a répondu à quelques questions d’internautes pour l’Express. Il confie ainsi que les études montrent que ces salles ne font ni diminuer, ni augmenter la consommation de drogues.
Ces centres, en revanche, réduisent les risques liés à la consommation. Ces salles de shoot sont de plus une porte d’accès aux soins, y compris de la dépendance. Elles proposent aux usagers un changement de contexte. Eux qui sont enfermés dans la rue, dans la consommation, exclus des dispositifs socio-sanitaires, se voient proposer de venir consommer dans un espace encadré, qui favorise la rencontre avec les professionnels, qui leur permet de sortir la tête de l’eau et de passer petit à petit à autre chose. Les études sur la sortie de la toxicomanie grâce à ces centres commencent à arriver.
« Ce qu’il faut voir aussi, c’est que proposer un sevrage à ces usagers tout de suite, c’est leur tendre une main qu’ils ne peuvent pas prendre. C’est les condamner à la rechute, avec tout ce que cela entraîne comme dévalorisation de soi.
Enfin, on l’a vu dans les années sida, une politique seulement centrée sur le sevrage et la diminution des consommations (comme l’a malheureusement affirmé François Fillon au mois d’août), est une politique mortelle pour les usagers. Quand au début des années 90, on a refusé de donner des seringues aux usagers, parce qu’il "n’avaient qu’à se sevrer", ça a conduit à des milliers de contaminations et de morts... La politique des drogues doit prendre en compte le sevrage et la diminution des consommations, mais avec d’autres critères, comme la mortalité, les morbidités, l’exclusion, l’accès au soin.... »
Une Internaute a demandé à Pierre Chappard : « Dans l’idéal, pour une ville comme Paris, combien faudrait-il de salles de shoot pour qu’elles aient un impact ? »
Réponse : « Nous avons présenté un projet expérimental au ministère de la Santé qui propose la création de 3 centres de consommation supervisée à Paris et en Ile-de-France, qui ne seraient pas uniquement des "salles de shoot", mais des centres où l’on puissent inhaler aussi du crack.
Pour que cela marche, il faut que ces centres soient installés dans des lieux de consommation de rue, qui sont bien identifiés, et n’ont guère changé depuis des années : Gare du Nord - Gard de l’Est, limite du XVIIIe et du XIXe, et Saint-Denis.
Nous sommes tous d’accord (dans le collectif du 19 mai) pour dire qu’il ne faut absolument pas installer un seul centre, qui risque de se faire déborder, et de saper l’expérimentation. »
André Balbo
Sources : Safe, Le Parisien, collectif du 19 mai, L’Express

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