Au moment même où se négocie la réforme des 37 établissements des HP (qui prévoit la suppression de 3 000 à 4 000 postes sur 91 000, et le regroupement de certains établissements), un rapport accablant de la Chambre régionale des comptes d’Ile-de-France jette une lumière crue sur la gestion de leurs personnels.
Ainsi la polémique sur la restructuration de l’Assistance Publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) ne pourra-t-elle qu’être relancée. Souhaitons que ce soit dans la bonne direction…
Le directeur de l’AP-HP, Benoît Leclercq, venait tout juste de suspendre son plan de réorganisation sous la pression des personnels et des médecins (séquestration de directeurs d’hôpitaux et lobbying auprès des députés), et il restait dans l’attente du résultat des discussions entreprises avec les syndicats.
Aujourd’hui, ce rapport très explosif redonnerait quelques arguments à l’intérêt qu’il y aurait à réformer le fonctionnement des établissements de l’AP-HP.
Les magistrats, qui eurent accès à des données hautement confidentielles, rappellent que la situation de ces hôpitaux, qui emploient près de 91 000 personnes, est bien plus favorable que celle des autres centres hospitaliers universitaires.
Ils dressent au fil des 55 pages du rapport, imperturbablement, un véritable inventaire de leurs privilèges :
- le rapprochement de l’activité des établissements de l’AP-HP (8,7%) au total de l’activité nationale laisserait apparaître
- un sureffectif des personnels non médicaux de près de 20 000 emplois,
- un sureffectif des personnels médicaux de l’ordre de 550 emplois à temps plein (sur un total de 7 200 postes), supérieur de 13,1% à celui des autres hôpitaux pour réaliser la même activité,
- 2 à 6 jours de RTT supplémentaires par rapport à la norme nationale,
- des congés maladie records (un agent non médical est absent 22,25 jours, soit plus d’un mois par an),
- des effectifs extrêmement variables « sans relation avec l’activité »,
- une autonomie totale des praticiens hospitaliers, chefs de service en tête, boudant massivement ces tableaux de service qui permettraient de savoir qui travaille (ou pas). « Aucun des 3 établissements contrôlés (Bichat, Henri-Mondor et Pompidou) n’a été en mesure de produire des tableaux généraux d’activité », en dépit de la demande expresse de la direction générale en février 2008 et de l’obligation d’établir ces tableaux depuis 2003.
Personne ne semble vraiment être aux commandes de ce gigantesque porte-avion.
- Les effectifs de l’après-midi sont parfois 5 fois inférieurs à ceux du matin (Henri Mondor par exemple, et chute des effectifs à Pompidou de 1 052 à 77 personnes !), les postes de l’après-midi étant « moins conciliables avec une vie de famille ». Cette disparité influe sur les capacités d’accueil des hôpitaux.
- Les équipements essentiels (IRM et scanners par exemples) restent en général trop peu utilisés.
- On ne procède en moyenne qu’à 1,7 intervention par jour dans les blocs opératoires, ce qui est très peu.
Cet écart entre « le sentiment de manque » de personnel et le sureffectif à l’AP-HP s’expliquerait, selon la chambre régionale des comptes, par des problèmes d’organisation et de suivi de l’activité médicale.
« Faute de réflexion institutionnelle sur les besoins en personnels soignants des services, il est extrêmement difficile de se prononcer sur l’adéquation des effectifs à l’activité », regrette enfin ce rapport.
Plus qu’une charge contre les personnels, le rapport de la chambre régionale des comptes d’Ile-de-France note que, d’une manière générale, les moyens de l’AP-HP n’ont pas été correctement déployés en fonction de ses besoins. Il estime en conclusion que « Les différentes ressources, qu’elles soient humaines ou médico-techniques, sont encore davantage réparties sur des bases influencées par le passé que par les réformes récentes ».
Signe de la gêne occasionnée par ce document, plusieurs médecins contactés n’ont pas encore souhaité répondre aux questions des journalistes. Et, de son côté, le directeur de l’AP-HP juge benoîtement que « ce rapport démontre que nous avons encore de grandes marges d’amélioration en matière d’organisation ». Aujourd’hui, cet euphémisme paraît peut-être un peu déplacé…
La situation financière des hôpitaux s’est pourtant déjà « significativement améliorée » depuis 2007, et cela permet d’« espérer un retour à l’équilibre en 2012 », a estimé hier à l’Assemblée nationale Madame Bachelot, ministre de la Santé.
Une fois de plus, Roselyne Bachelot montre une connaissance approfondie de ses dossiers, s’il ne s’agissait pas de l’AP-HP bien sûr, dont le budget de fonctionnement 2009, de 6,4 milliards d’euros, était en déficit de 90M€, et dont la dette en 2009, d’un montant de 1,87 milliard d’euros, était en hausse de 27,2% par rapport à 2008.
André Balbo
Sources : Le Parisien, Le Monde

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