En 2003, la précédente grande exposition de son œuvre, « Révélations », n’était pas venue jusque chez nous. Le Jeu de Paume nous offre donc enfin la première rétrospective en France de la photographe américaine Diane Arbus, considérée comme l’une des plus grandes photographes du XXe siècle : des images inconfortables, à la marge, déstabilisantes, donc forcément utiles. De celles qui font que l’on en restera interrogatif, à la fois changé et davantage attentif aux différences.
Diane Arbus, qui se suicida à 48 ans, en 1971, disait d’elle-même : « Je suis née en haut de l’échelle sociale, dans la bourgeoisie respectable, mais, depuis, j’ai fait tout ce que j’ai pu pour dégringoler ».
Tout, je ne sais pas, mais il est vrai qu’elle passa une enfance au sein d’une famille juive fortunée, dans Central Park Ouest, entourée de domestiques, puis épousa, dès ses 18 ans, le photographe Allan Arbus, à l’époque désargenté. S’en suivirent des années de vaches maigres, puis quelques couvertures pour Vogue et Glamour.
Il n’en demeure pas moins que Diane Arbus ne se consacrera véritablement à sa carrière personnelle de photographe que lorsque son mari l’abandonnera pour une actrice en 1961. Elle allait devenir célèbre pour ses portraits d’enfants ou de célébrités, et étonner ses contemporains en dévoilant le côté étrange du quotidien et le versan familier de l’exotique. « 6 ans plus tard en effet le MoMa de New York exposait une trentaine de ses tirages, présentés avec des autoportraits de Lee Friedlander, et des scènes de rue de Garry Winogrand.
Les photos de Diane Arbus furent immédiatement remarquées, et ces personnages si fortement décalés, si à côté, firent immédiatement sa réputation. Et, certainement plus encore que les autres clichés, Les Jumelles (1967), ces fillettes à la fois si quelconques mais « cultivant la ressemblance jusqu’à la nausée », et dont allait s’inspirer Stanley Kubrick dans Shining. Il en fera les victimes impassibles d’un terrible massacre familial… Il est à ma connaissance unique dans l’histoire de la photographie que de simples personnages d’un cliché parviennent ainsi à générer des rôles à part entière si marquants au cinéma…
Mais qui sont vraiment en général les personnages que se choisissait et malaxait peut-être aussi un peu la photographe avec son Rolleiflex et ses formats carrés ? Jusqu’à quelle profondeur serait-il nécessaire d’aller et de scruter ces images pour en comprendre les sens ? Diane Arbus ne cherchait-elle pas plus que tout à dissoudre les frontières comme les apparences ? Où commence la folie ? Le genre ? L’identité ? La normalité ? N’y a-t-il jamais eu deux individus réellement comparables ?
Diane Arbus disait encore : « Le monde est plein de personnages de romans à la recherche de leur histoire ».
Ce sont donc ses célèbres Jumelles qui ouvrent la rétrospective au Jeu de paume. Qu’il est doux de commencer ainsi la visite de cette expo par ce trouble si massif. Ne disait-elle pas aussi « La photographie est un secret sur un secret. Plus elle en dit, moins vous en savez. »
Le jeu de Paume n’a accompagné ces images d’aucun texte pour favoriser « la réception intime de l’œuvre par le public ». 200 clichés « hors de toute bienséance sociale : transformistes, nudistes, circassiens, trisomiques, géants, nains... des êtres à la marge », à des années-lumière du milieu douillet des origines de Diane Arbus.
Le conservateur du MoMA avait dit à l’occasion de sa première exposition que les jeunes photographes présentés, dont Diane Artus avait été la représentante la plus solaire, n’avaient pas cherché à réformer la réalité mais à la connaître.
Son mot de la fin aurait pu être : « Ce que je préfère dans la photo, c’est que c’est un acte un peu polisson. Une sorte de permis pour aller où je veux. » Ou encore : « De toute façon, cherchons la faille ».
sources : Le Monde, Télérama
Diane Arbus au Jeu de Paume
Jeu de Paume
Du 18 octobre 2011 au 5 février 2012

envoyer par mail
Imprimer la page