La souffrance morale a-t-elle évolué en dix ans ?
Cela fait maintenant 50 ans que S.O.S Amitié, devenu fameux par « Le Père Noël est une ordure », recueille la détresse des personnes isolées. L’association vient de rendre public son premier observatoire des souffrances psychiques, alimenté par les centaines de milliers d’appels reçus chaque année. Si la solitude reste la première cause de souffrance, de nouvelles blessures se font jour.
Dans l’interview donnée par la présidente de SOS Amitié en Île-de-France au journal La Croix, il apparaît par exemple que depuis 10 ans les appels sont en constante augmentation, le repli de 2010 n’étant dû qu’au manque d’écoutants bénévoles. L’association avait quand même répondu cette année-là « à 662 000 appels ».
Jusqu’en 2006, les femmes étaient majoritaires parmi les appelants. Le rapport commença alors à se modifier, et, pour la première fois, le nombre d’appels venant d’hommes dépassait celui des femmes en 2010.
Autre modification observable, les personnes qui appellent seraient plus jeunes, dont les jeunes actifs en particulier, dans la tranche d’âge 25-45 ans (29% des appels en Île-de-France en 2005, près de 45% aujourd’hui). En revanche, la part des séniors aurait diminué, passant de 12 à 9% en 2010.
Nicole Viallat, qui préside l’association en Île-de-France, fait une autre observation : « Pour recueillir la parole des plus jeunes, nous essayons de développer l’écoute par Internet, sur notre messagerie (créée en 2000) et sur le tchat (en 2006), ouvert 4 heures par jour. Sur cet outil, 19% des personnes ont moins de 20 ans, alors qu’au téléphone, les appels commencent à partir de 30 ans. »
Dans 20% des appels, la solitude demeure la première cause de souffrance psychique, mais au cours des dernières années, la problématique du travail, qui était jusque-là parfaitement négligeable, a soudain émergé. De plus en plus de gens souffrent de leur environnement professionnel, et notamment du harcèlement moral.
« Les appelants évoquent des problèmes avec leur hiérarchie, ou avec un travail qu’ils ne jugent pas intéressant. Les questions financières sont également mentionnées, » marques d’une crise en cours.
La plateforme téléphonique de S.O.S Amitié en Ile-de-France compte 210 bénévoles, qui se relaient pour répondre chaque jour de l’année aux appels, 24 h / 24.
En 50 ans d’existence, S.O.S Amitié a reçu pour toute la France près de 15 millions d’appels. Enfin, pour l’association, la prévention du suicide demeure la priorité. Il est la 1re cause de mortalité en France chez les adultes de 35 à 55 ans, et la 2e chez les jeunes de 16 à 25 ans.
Numéro d’écoute en Ile-de-France, 24h/24, 7j/7 : 01 42 96 26 26 www.sosamitieidf.asso.fr
André Balbo
sources : La Croix, SOS Amitié, Libération

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