L’insécurité s’installe dans la capitale. La communauté chinoise a été la première à le signifier avec force en réunissant, elle pourtant réputée si discrète, plus de 20 000 manifestants sur le sujet à Belleville.
Jusqu’à présent, le préfet de police, répondant aux élus locaux lors du Conseil de Paris, a reconnu une hausse de la petite délinquance à Paris, mais a précisé que « la police n’est pas restée les bras ballants. Depuis le début de l’année, 21 personnes ont été mises en cause dans 17 affaires dans ce secteur ». Faire une telle réponse est intellectuellement pas très honnête de sa part. Ceux qui subissent l’insécurité dans nos quartiers sont ainsi à la fois caricaturés dans leurs propos, culpabilisés, et assistent à une pirouette verbale d’un responsable, le préfet, dont les effectifs et les méthodes ne sont clairement plus adaptés à l’extension prise par l’insécurité à Paris.
« Nous avons identifié 13 bandes qui s’adonnent régulièrement à des actes de délinquance dans un périmètre proche de Belleville ». Ah bon ? Et alors ? De la même façon qu’ont été identifiées 52 bandes sur Paris, cartographiées qui plus est, comme les groupes de dealers statiques au commerce ouvert de jour comme de nuit ? Et alors ? Quelle est l’étape suivante ? Constatons en passant, prosaïquement, que la communauté chinoise avait donc signalé un problème bien réel ?
Les élus des 4 arrondissements qui jouxtent Belleville (Xe, XIe, XIXe, XXe) ont décidé de créer de leur côté un comité de pilotage qui se réunira mi-juillet. Il sera chargé d’apporter des réponses aussi bien aux interrogations des Chinois qu’à celles de l’ensemble de la population. « La préfecture y sera évidemment conviée ».
Mais, dans le moment, les constats des élus ne sont guère encourageants :
Un suivi personnalisé pour ces jeunes ? Mais avec quels moyens, alors que la justice des mineurs n’existe quasiment plus ;
Comment travailler avec les associations de prévention, alors que la police ne sait faire que de la répression dans ces quartiers ?
Pas de discours vides de sens sur des procédures qui n’aboutissent jamais. « Ce qu’on veut, ce sont des policiers sur le terrain » réclame Patrick Bloche, député-maire PS du XIe.
Il est vrai que ce type de sujets est extrêmement complexe et que l’on ne peut probablement avancer qu’en cessant au préalable de chercher à se défausser politiquement sur l’autre camp, et/ou sur l’administration d’à côté, et/ou sur l’incompétence de l’autre.
Nos élus, nos responsables, en seront-ils capables ? Capables de suffisamment de modestie, d’autocritique, et de solidarité ? Les élus parisiens remplissent-ils suffisamment le rôle de bouclier social, qu’ils disent jouer de façon permanente ? Les maigres effectifs policiers peuvent-ils encore supporter d’entendre des harangues sécuritaires dignes de Tartarin de Tarascon ? Peut-on encore s’interdire d’avoir une police de proximité ? Peut-on encore se permettre de faire si peu de prévention ?
De toutes les façons, cette question n’est pas prête de quitter les pages d’actualités de nos quotidiens... puisque, contrairement au titre de l’article du Parisien, ce ne sont pas que "les élus de Belleville (qui) sont inquiets de l’insécurité" dans la capitale, mais bien tous les élus de Paris, Monsieur le préfet Gaudin. Et cela, vous le savez bien !
André Balbo
Source : Le Parisien

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