Dès la fin du règne de Louis XIV, la France développe un goût pour l’exotisme, nourri par les retours de voyage des missionnaires et les importations de la Compagnie des Indes. Porcelaines de Chine et du Japon affluent en masse en Europe, séduisant le monde occidental.
L’exposition « Singes et Dragons. La Chine et le Japon à Chantilly au XVIIIe siècle » est au musée Condé jusqu’au 1er janvier 2012.
À cette époque, artistes et artisans réalisaient sur commande des œuvres peintes ou d’art décoratif, et pour satisfaire la passion effrénée d’alors pour les décors asiatiques, singes et dragons se mêlaient parfois aux animaux familiers de nos campagnes. Cette passion fut une des conséquences des retours de voyages des missionnaires et des spectaculaires importations de la Compagnie des Indes. Porcelaines de Chine et du Japon affluèrent alors en masse en Europe, séduisant le monde occidental.

Ainsi le duc de Bourbon, prince de Condé (1692-1740), chef du Conseil de Régence de 1723 à 1726 avant d’être exilé sur ses terres de Chantilly, cherche à éviter les importations coûteuses et décide de rechercher le secret de la porcelaine. C’est ainsi qu’il se mit à collectionner dans son château de Chantilly les porcelaines, les indiennes, ces tissus peints ou imprimés fabriqués en Asie du XVIIe au XIXe siècle, comme les meubles en laque de Chine et du Japon.
Il fait même copier par ses artisans sa collection de porcelaines japonaises dites « kakiemon », du nom d’une famille d’artistes, fait venir à Chantilly le porcelainier Cicaire Cirou, et il crée même une manufacture de porcelaine tendre à Chantilly entre 1725 et 1735. Il commandera en 1735 au dessinateur Jean-Antoine Fraisse (1680-1739) un album de modèles, gravés en taille-douce, d’après ses collections personnelles.
Les artisans du prince s’en inspirèrent, notamment pour les porcelaines de Chantilly.
Dans l’exposition « Singes et Dragons. La Chine et le Japon à Chantilly au XVIIIe siècle » :
outre les deux exemplaires enluminés provenant des collections du Château de Chantilly et de la BnF (le peintre Jean-Antoine Fraisse fit les copies en 1735 des motifs « kakiemon » des porcelaines et des dessins des indiennes de la collection du duc de Bourbon, qu’il reproduisit en taille-douce dans son Livre de Desseins chinois, ouvrage in-folio rarissime),
superbes gravures de Fraisse, dont 2 de plus de 3m, extraites de l’exemplaire enluminé,
autres gravures de Jean- Baptiste Guélard (1698-1767),
peintures de Christophe Huet (1700-1759), peintre du roi,
et pièces d’art décoratif représentatives de cette époque où l’Extrême-Orient était de mise à la Cour et dans les plus belles demeures...
Pièces textiles, objets d’art de la table ou simplement décoratifs dont un grand nombre de porcelaines tendres produites par la manufacture de Chantilly. D’importants prêts du musée du Louvre, du musée des Arts Décoratifs de Paris, et de la Ville de Chantilly viennent compléter et enrichir la superbe sélection d’objets des collections du musée Condé.
Vous pourriez, ce serait judicieux, compléter votre visite par la découverte au Château des éblouissants exemples de la Grande Singerie, située dans les Grands Appartements.
Afin de forcer encore la note exotique, retenez qu’une représentation de l’opéra « Madame Butterfly », de Giacomo Puccini, sera donnée dans le parc du Domaine, durant la période de Noël, et que le spectacle équestre prévu se déroulera, et c’est bien normal pour l’occasion, en conte asiatique.
« Singes et Dragons. La Chine et le Japon à Chantilly au XVIIIe siècle ». Musée Condé, tlj sauf le mardi, de 10 à 18h, après le 1er novembre 2011 de 10h30 à 17h. 13€ (adultes), gratuit pour tout enfant accompagné d’un adulte. 03 44 27 31 80 www.domainedechantilly.com
Chantilly est à moins d’une heure de Paris et à vingt minutes de l’aéroport Roissy-Charles-De-Gaulle ; autoroute A1, sortie n°7 Chantilly en venant de Paris ; A1, sortie n°8 Senlis en venant de Lille, A16, sortie Champagne-sur-Oise ; train et RER : Gare du Nord SNCF Grandes lignes (25 minutes) ou Châtelet les Halles RER ligne D (45 minutes) (arrêt : Chantilly-Gouvieux).
André Balbo
sources : Le Figaro, Musée Condé

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