Aujourd’hui, elle a rendez-vous avec Monsieur Noël, son patron. Nicole s’installe précipitamment à son bureau et attrape un dossier. Presque au hasard. Pour avoir l’air absorbé. La tête lui tourne. Ce matin, comme de plus en plus souvent, elle a eu du mal à manger. Ce matin, comme de plus en plus souvent, elle va avoir du mal à se concentrer. Elle n’ose plus se confier…car ses collègues insistent pour qu’elle fasse reconnaître son handicap. "Tu pourrais travailler à temps partiel. Peut-être qu’ainsi, tu irais mieux ? Tu t’épuises, Nicole…"
Oui, Nicole s’épuise. Elle le sent. Elle a encore maigri. Mais devenir « handicapée » ? Ne serait-ce pas un échec après toutes ces années d’efforts pour faire « comme tout le monde ». A moins que ce ne soit une libération…
Monsieur Noël regarde son document comptable. Il n’est pas en forme aujourd’hui. C’est peut-être pour ça qu’il la prend mal, cette amende. Il doit payer car son entreprise n’emploie que 4,2 % de personnel handicapé. Il lui en manque 1,8 %... Cela lui rappelle qu’il reçoit Nicole tout à l’heure. Monsieur Noël a un peu honte de penser à elle juste maintenant. De penser que « grâce à elle », il pourrait ne pas payer d’amende. Comme tout le monde, Monsieur Noël voit bien que Nicole a une très faible constitution. Comme toute le monde, il ferme les yeux lorsque son travail n’est pas prêt à temps ou qu’il est incomplet… Mais soudain, il se demande s’il ne devrait pas regarder bien en face le fait que Nicole semble de plus en plus faible…
Toc, toc ! On frappe à sa porte

Une histoire de Quitterie Simon

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