Ce fut vite plié au Conseil de Paris, le 27 septembre, et la Ville de Paris renonçait ainsi à être partie civile au premier procès d’un président de la République française pris la main dans le sac et convoqué par la justice.
Si la majorité obtenue pour une telle décision a été confortable, elle ne reflète en rien le malaise diffus qui l’entache, peut-être plus durablement qu’on ne le croit, dans le climat national délétère où flottent d’autres graves affaires un peu blettes, qui parviennent, elles aussi sur le long terme, à échapper à la justice la plus élémentaire : Woerth, Bettencourt, Wildenstein, ad libitum, ad nauseam.
Mérite-t-on d’être traité de « Saint-Just », d’intégriste ou de vengeur masqué si l’on n’approuve pas qu’une telle décision ait été prise ? Quand le bras de la Justice s’abat si lourdement sur les « moins nantis » ?
Le Conseil de Paris a approuvé l’accord par 147 voix contre 13 (les 9 Verts + 2 Parti de gauche + 1 Modem + 1 Non inscrit), et 1 abstention (NC).
Yves Contassot, conseiller du XIIIe, a justifié le vote des Verts, pourtant d’habitude alliés de l’exécutif, par une exigence d’éthique et de morale en politique. Tous les élus Verts ont décidé de voter contre ce protocole, contre qu’il constitue pour eux une « faute politique », un « déni de justice ». Ils accusèrent même le maire et l’UMP de « s’être mis d’accord en catimini ». Pour Sylvain Garel, leur président : « Cet accord renforce le sentiment du "tous pourris" dans l’esprit du public ».
Rapprochons enfin cette position du fort penchant des Verts d’avoir pour candidate en 2012 l’ex-juge Eva Joly, dans un pays où argent et politique enfantent des monstres de plus en plus voyants.
Pour Jean-François Martins, du Modem, « la ville nie son ambition d’obtenir justice et vérité ».
Bertrand Delanoë a été contraint de défendre « bec et ongles » sa décision qui a fait grincer bien des dents jusque parmi les personnalités les plus éminentes de son parti. Il a expliqué qu’il ne faut pas confondre « justice et vengeance », et réfuté devant la presse qu’il ne s’agisse d’un « accord amiable ».
Ses arguments avaient été exposés. Il s’agissait de répondre aux 3 objectifs de « Vérité, (de) reconnaissance des faits, (et de) réparation. (...) Vérité, car les faits sont établis ; reconnaissance, car s’il y a restitution c’est bien qu’il y a eu préjudice ; réparation, enfin, puisque les Parisiens, qui avaient été lésés, vont être remboursés. »
Serions-nous malvenus de percevoir du cynisme ou de l’humour dans les déclarations de Jean-François Lamour, qui préside au Conseil le groupe UMP, quand il rend hommage « au choix juste (…) défendu courageusement » par Bertrand Delanoë.
Il est vrai que si ce choix a dû être défendu de façon si véhémente, c’est aussi qu’il n’a peut-être pas été si bien accepté par les Parisiens, qui rappelons-le, sont aussi des Français comme les autres déjà confrontés quotidiennement à une justice à deux vitesses.
Quand M. Lamour rappelle que, indépendamment de l’accord voté, : « Le procès aura bien lieu », sous-entendant qu’il faut laisser la justice à la Justice, il omet de rappeler que le parquet avait requis un non-lieu dans la procédure, et qu’avec un banc de partie civile déserté…
Avec à-propos et ironie, des militants du collectif « Sauvons les Riches », déguisés en bagnards, étaient venus souligner leur interprétation du vote : « Le signal important qui est envoyé aujourd’hui est que, si on est riche, on peut s’arranger. Pour 2M€, on peut s’en sortir sans répondre de ses actes. Pas besoin de justice ! ». Et toc !
Selon le Parisien, un syndicat minoritaire à la Ville de Paris, le Supap, veut reprendre le flambeau pour défendre « l’intérêt des Parisiens et celui des employés municipaux spoliés pendant des années ».
André Balbo
Sources : Le Parisien, Le Monde

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