Alors qu’un groupe de députés emmenés par l’ancien ministre de l’Intérieur Daniel Vaillant a préconisé à mi-juin une « législation contrôlée du cannabis », afin de « faire baisser la consommation et les risques qu’elle engendre » tout en réduisant la criminalité, et que la polémique paraît être bien lancée, une étude documentée sur la consommation des Français apporte sa contribution au sujet.
Elle a été réalisée par deux organismes compétents, l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes) et l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (Ofdt).
13,4 millions de personnes ont essayé au moins une fois le cannabis, substance illicite la plus consommée en France, pays qui se place ainsi au 5e rang européen, alors que sa législation est en Europe l’une des plus répressives, le simple usage pouvant envoyer un fumeur au tribunal.
Parmi les 27 653 personnes interrogées en 2010, 33% des adultes de 18 à 64 ans ont tiré sur un joint (contre 29% en 2005). Comme la consommation resterait stable (les 2 années, 8% en ont consommé dans l’année et 4% dans le mois en cours), le million de personnes supplémentaires constaté s’expliquerait par « un effet de stock des générations anciennes de fumeurs », dit l’étude.
Chez les jeunes de 17 ans, en 2010 le recul de la consommation de cannabis constaté dès 2003 se confirme. En revanche la consommation de cocaïne progresse.
Le plan gouvernemental sur les drogues arrive à échéance en 2012, et parmi les médecins spécialistes des addictions comme dans la classe politique des voix demandent la mise à plat de la loi de 1970 jugée obsolète.
La Fédération française d’addictologie a réuni à l’adresse des pouvoirs publics et des candidats à la présidentielle un livre blanc rassemblant une centaine de propositions, même si elle regrette que sur la question des drogues, et a fortiori en période pré-électorale, « l’idéologie prenne souvent le pas sur le pragmatisme ».
Un autre rapport parlementaire, après celui de Daniel Vaillant, a été présenté le 29 juin. Il exclut radicalement la dépénalisation, qu’il qualifie d’ « impasse éthique et juridique ». À ce jour, selon un récent sondage, 58% des Français sont opposés à une dépénalisation du cannabis.
Etienne Apaire, président de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et toxicomanies (Mildt), a renouvelé son opposition à la dépénalisation, estimant que « l’interdit marque les esprits ». « On est assez satisfaits d’avoir réussi à maintenir la stabilisation du cannabis », a-t-il même insisté.
André Balbo
sources : Inpes, Ofdt, Libération, Le Monde

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