Ce 15 décembre, la distribution des quotidiens nationaux était à nouveau bloquée et les kiosques n’avaient reçu aucuns journaux. Ni à Paris ni dans 11 communes limitrophes.
La distribution des quotidiens n’avait pas été faite le 14 décembre au niveau national du fait d’un mouvement des ouvriers du Syndicat général du livre et de la communication écrite (SGLCE-CGT), majoritaire chez Presstalis (ex-NMPP).
Le SGLCE réfute la réorganisation engagée par Presstalis, de la Société de presse Paris service (SPPS), filiale chargée de la distribution parisienne, comptant 287 salariés, et qui a nécessité l’injection de 150M€ depuis sa création en 2004.
Structurellement déficitaire, cette filiale perdrait chaque mois environ 2M€. Des propositions de reclassement de ses personnels, apparemment non satisfaisantes, auraient été formulées.
Au-delà des forces directement en présence, de ce conflit social spécifique et de ses prolongements attendus, il faut noter qu’un tel conflit fragilise considérablement au passage des secteurs déjà sensiblement précarisés.
Les kiosquiers par exemple, dont l’UNDP estime qu’ils ne percevraient en moyenne que 1 100€ net par mois, voient leurs chiffres d’affaires se réduire sans magazines ni quotidiens à une peau de chagrin. Ils doutent même que les facilités de paiement, accordées par leur distributeur, suffisent à les sauver de cette crise additionnelle.
Quant aux organes de presse, ils sont déjà extrêmement affaiblis par un contexte de fortes chutes de leurs entrées publicitaires et de décrue notable de leurs ventes (-25%). Laurent Joffrin, de Libération, soulignait que le 15 décembre était cette année le 6e jour qui allait être sans recettes…Et que le public irait chercher ses informations sur Internet… et ne reviendrait peut-être plus vers le journal « papier »…
Ce qui rend ce conflit particulièrement dangereux, pour l’ensemble des acteurs du secteur de la presse, c’est le risque qu’il dure…trop longtemps. En effet, la dangerosité de cette grève est qu’elle risque de se poursuivre jusqu’au 20 décembre… et peut-être même de reprendre après les fêtes.
Imaginez-vous les effets d’une non-parution des titres pendant une semaine, le prochain comité d’entreprise de l’entreprise de distribution n’étant convoqué que le 22 décembre ?
Pour electronlibre.info, sauf aide massive en leur faveur, de très nombreux détaillants vont disparaître du simple fait de la durée de ce conflit. Et cela « même si Pressstalis a décidé de les rémunérer à hauteur de la quote-part du chiffre d’affaires qu’ils ont réalisé en 2009 ».
Et dans le cas où le conflit s’étendrait en 2011 ? Il faudra alors surveiller de près les quotidiens nationaux les plus fragiles, ne serait-ce que La Tribune, Libération, et La Croix.
Nous sommes ici en présence de deux intransigeances. D’un côté un Syndicat du Livre exigeant le report de la fermeture de SPPS à 2012, et de l’autre François Fillon qui tient tout particulièrement à mener à son terme une profonde réforme de la distribution de la presse.
Et il y a danger.
André Balbo
sources : Le Monde, France Inter, electronlibre.info, Libération

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