Maxi, chef cuisinier à la moustache belliqueuse vit dans l’attente du grand moment : celui où un critique du guide Michelin viendra enfin s’attabler dans son restaurant pour lui distribuer sa première étoile. Homosexuel extraverti, sa vie de célibataire se voit un jour perturbée par le décès soudain de son ex-femme qui lui laisse la garde de ses deux enfants qu’il n’a pas connu. De quiproquo en situations embarassantes, Maxi va peu à peu faire l’apprentissage de son métier de père, qu’il finira par apprécier autant qu’un bon petit plat mitonné avec amour.
Amateurs de gastronomie fine et originale, passez votre chemin ! A la carte est une comédie fort sympathique, mais qui, à la différence de son personnage principal, n’a pas peur de piquer dans des recettes archi-connues. Il y a l’opposition de styles entre l’homo extravagant tendance grande-folle (Maxi, interprété par un Javier Camara survolté et jamais énervant) et celui qui est pris dans la spirale du tabou (Horacio, Benjamin Vicuna) de par son métier exposé et éminemment macho, footballeur. C est sans surprise. Et il y a l’exploitation des thèmes de l’acceptation des autres et de soi. Cela n’apporte rien de neuf au genre de la comédie gay.

Ce qui fait la réussite de cette comédie savoureuse, c’est essentiellement son casting tonitruant. Javier Camaro et Benjamin Vicuna sont entourrés d’une fine équipe parmi lesquels Lola Duenas, fidèle d’Almodovar, et Fernando Tejero font preuve d’une énergie toujours communicative, parfois jusqu’à l’épuisement. Ca virevolte, ça crie, ça explose : A la Carte est aussi vivant que la cuisine d’un grand-chef à l’heure du coup de fusil. Le comique du film, jamais très fin, ni jamais trop grossier, repose en grande partie sur des situations rocambolesques plutôt que sur ses dialogues, souvent attendus. A ce petit jeu, Javier Camara et Lola Duenas en mangeuse d’hommes malchanceuse sortent du lot et forment un couple (d’amis) séduisant, complémentaire et souvent très drôle. Le réalisateur Nacho Garcia Velilla a eu l’intelligence de teinter la folie qui règne dans ce film d’une pointe d’amertume, et parfois d’une touche de douceur, ce qui rend l’ensemble d’autant plus attachant malgré son manque d’originalité.
Loin de l’implication politique d’un Harvey Milk, ou de la sensibilité d’un Brokeback Mountain, A la Carte est plus de l’ordre de l’étude de moeurs débridée sans autre ambition que de faire rire et dédramatiser un sujet encore largement marqué du sceau de la honte dans certains milieux sociaux. Ce n’est pas un hasard si les scénaristes du film ont fait de Horacio un footballeur célèbre. Quel que soit le sport, l’homosexualité est au mieux appréhendée avec une certaine gène, au pire considérée comme tabou. Dans le microcosme du football, le sujet vire à l’omerta. Le seul joueur ayant fait son coming-out en activité, l’anglais Justin Fashanu, partira en exil aux Etats-Unis, avant de se suicider en 1998. Pas étonnant, donc, que le bel Horacio hésite tant dans A la Carte à donner des détails sur sa sexualité. Dans l’esprit de la comédie, tout est bien qui se terminera bien pour lui... vivement que la réalité dépasse la fiction.
Morgan Le Moullac
A la Carte
Sortie le 9 septembre 2009
Comédie, Espagne, 1h51, 2009
Réalisé par Nacho Garcia Velilla, scénario de Oriol Capel, Antonio Sanchez, David Sanchez et Nacho Garcia Velilla
Produit par Daniel Ecija, Teddy Villalba, Nacho Garcia Velilla
Musique de Juanjo Javierre
Photographie de David Omedes
Avec : Javier Camara, Lola Duenas, Fernando Tejero, Benjamin Vicuna, Chus Lampreave, Luis Varela, Cristina Marcos, Alexandra Jimenez, Junio Valverde

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