Cinéma

Deux films noirs de Fritz Lang en DVD


Carlotta Films ressort deux films relativement méconnus de Fritz Lang, La Rue Rouge et Les Bourreaux meurent aussi. Deux bonnes éditions pour deux films d’excellente facture. Les sections bonus auraient mérité d’être étoffées.

  • envoyer l'article par mail envoyer par mail

Disponibles depuis le 4 juin 2008 en DVD remasterisé, La Rue rouge et Les Bourreaux meurent aussi sont deux classiques du réalisateur allemand naturalisé américain Fritz Lang. Peu connus du grand public, en tout cas moins que Metropolis ou la série des Docteur Mabuse, ces deux films sortis dans les années 1940 sont pourtant des modèles du film noir que la réédition par Carlotta films permet de redécouvrir.

Né en 1890 à Viennes dans une famille bourgeoise, Fritz Lang s’intéresse dans un premier temps à la peinture avant d’écrire des scénarios de films dès 1917, alors qu’il est un blessé de guerre, puis de réaliser lui-même des films. Avec des films comme Les Araignées (1920) ou encore Les Trois Lumières (1921), il s’impose rapidement comme l’un des réalisateurs les plus importants de son pays. La série des Docteur Mabuse et Metropolis suivent et renforcent sa réputation au point d’inciter Joseph Goebbels, ministre de la Propagande nazie, à proposer à Lang d’être à la tête du département cinéma de son ministère. Le réalisateur refuse, se sépare de sa femme scénariste endoctrinée par le parti Nazi et part s’exiler à Paris brièvement puis aux Etats-Unis en 1934. Sa carrière se poursuit à Hollywood où il réalise une vingtaine de films dont La Rue rouge et Les Bourreaux meurent aussi.

Les Bourreaux meurent aussi :

- Film réalisé par Fritz Lang
- Scénario de John Wexley, Fritz Lang et Bertold Brecht
- Avec : Brian Donlevy, WalterBrennan, Anna Lee, Gene Lockhart, Dennis O’Keefe, Alexander Granach, Margaret Wycherly
- 2 DVD 9, nouveau master restauré
- version originale/version française ; sous-titres français
- format 1.33 - 4/3 - noir et blanc
- 135 et 115 minutes
- Bonus : Introduction de Bernard Eisenschitz (3min) ; La Collaboration Brecht-Lang (28 min)

Les Bourreaux meurent aussi relate à la manière d’un film noir l’assassinat en 1942 de Reinhard Heydrich, surnommé "le bourreau de la Tchécoslovaquie" par des résistants Tchèques.

L’histoire :

Prague, au début des années 40. Le protecteur du Reich Heydrich vient de décréter de nouvelles mesures de terreur quand le Docteur Svoboda, membre d’un réseau de résistance tchèque, tente de l’assassiner. Menacé par le couvre-feu, ce dernier finit par se réfugier chez la famille du professeur Novotny, un ancien révolutionnaire dont la fille, Masha, l’a déjà aidé dans sa fuite. Mais la Gestapo ne tarde pas à s’emparerde nombreux otages, dont le professeur...

Le film

Considéré comme l’un des plus grands films de propagande anti-nazie réalisé durant la seconde guerre mondiale, Les Bourreaux meurent aussi tire également sa valeur de la collaboration au scénario du dramaturge Bertold Brecht. Blacklisté durant l’après-guerre pour des dialogues jugés "pro-communistes" par les sbires du Maccarthysme, le film vaut aussi et surtout pour la maîtrise technique dont fait une nouvelle fois preuve Fritz Lang : géométrie expressionniste des décors et des lumières, intrigue complexe menée tambour battant,suspense haletant et final magnifique, Les Bourreaux meurent aussi est un joyau de film noir en même temps qu’un plaidoyer pour la résistance contre la barbarie.

Les bonus :

Les bonus proposés sont numériquement faibles puisque outre une courte introduction du film par l’historien Bernard Eisenschitz, ils consistent en un documentaire (très intéressant) de 28 minutes sur la collaboration Lang- Brecht. Cette faiblesse est compensée par l’intégration des deux versions du film dans le coffret. A la version "longue" américaine de 1943 s’ajoute en effet celle du film tel qu’il fut exploité en France en 1947, soit vingt minutes de moins...

La Rue rouge :

- Film réalisé par Fritz Lang
- Scénario de Dudley Nichols d’après Georges de La Fouchardière
- Avec : Joan Bennett, Dan Duryea, Eward G. Robinson, Margaret Lindsay, Jess Barker, Rosalind Ivan
- DVD 9 ; nouveau master restauré
- Version originale ; sous-titres français
- Format 1.33, format 4/3 ;noir et blanc
- 98 minutes
- Bonus : La trivialité stylisée (28 min) ; La restauration (3min) ; Bande-annonce d’époque incluant des images inédites du film

La Rue rouge (1945) est un remake du fameux film de Renoir, La Chienne. Sur les thèmes du mensonge, de l’hypocrisie, de l’appât du gain et de l’aveuglement, Fritz Lang signe un film noir, aussi pessimiste que stylisé.

L’histoire :

Caissier sans histoires et peintre à ses heures, Christopher Cross est marié à une femme qu’il n’aime pas vraiment. Il rencontre Kitty, qu’il croit sauver d’une agression et en tombe fou amoureux. Johnny, l’amant de celle-ci, l’incite à faire marcher Cross afin de lui soutirer de l’argent. Cross accepte malgré lui de louer un appartement à ses frais pour pouvoir y peindre tout en y logeant sa belle. Mais ce dernier est contraint de voler de l’argent...

Le film :

Le trio d’acteurs Joan Bennett, Dan Duryea et Eward G. Robinson sont à l’affiche de ce film très sombre, un an après La Femme au portrait. Cette histoire de ménage à trois dans laquelle le moindre rapport humain est faussé par l’hypocrisie ou la faiblesse est l’occasion pour Fritz Lang de développer une nouvelle fois l’un de ses thèmes favoris, la folie. L’allégorie sur l’art et la posture de l’artiste - maudit ou imposteur - est fascinante et le trio d’acteurs fonctionne à merveille. La fin du film, plus morale que celle de Renoir, est néanmoins d’un pessimisme tout langien, une noirceur qui ne se dément jamais, de la première à la dernière minute.

Les bonus :

Comme pour Les Bourreaux meurent aussi, la section bonus de La Rue Rouge est peu étoffée, mais riche en qualité. Elle consiste en fait en une analyse stylistique du film de Lang par l’universitaire Serge Chauvin qui procède à une comparaison passionnante avec l’œuvre de Renoir.


Pour être informé de nos dernières recettes inscrivez-vous gratuitement à la lettre d'information de "Cinéma Evous"



mardi 8 juillet 2008
 
 
Participez