Assis dans un Rocking chair sous une pile de couvertures, Pierre (Daniel Auteuil) laisse le feu de cheminée crépitant se refléter dans les carreaux de ses lunettes avant d’entamer le récit romanesque de son histoire d’amour. Chloé (Florence Loiret-Caille), sa belle fille qui vient de se faire larguer par le fils de Pierre l’écoute entre deux reniflements émus raconter comment lui, marié et père de famille, a vécu une liaison torride avec une belle et jeune blonde, aussi majestueuse qu’entreprenante (Marie-Josée Croze) rencontrée lors d’un voyage d’affaires à Hong-Kong.
A la fin de son récit, Chloé comprendra qu’elle ne doit pas pleurer le départ de son mari et du père de sa fille pour une autre femme : il a fait son choix, allez-allez, range tes larmes ma belle. Et entre les deux, les voyages d’affaire de cœur, les parties de jambes en l’air dans des hôtels exotiques, les promesses vaines entre les amants, la femme légitime éplorée parce que pas dupe, la rupture, le mariage de façade, les regrets... Si toutes les histoires d’amour étaient aussi prévisibles, nous serions tous des Anna Gavalda.

Certes Zabou Breitman a prouvé déjà qu’elle savait tenir une caméra. Mais les sujets de Se Souvenir des Belles Choses (Alzheimer) et même de L’Homme de sa Vie (l’homosexualité) l’avait toujours incité à raconter autre chose qu’une banale histoire d’amour. Mais ce n’est pas si banal, diront certains en brandissant comme argument la double vie de Pierre. Ce n’était pas si banal au XIXe siècle, et encore. "Oui, mais cette histoire est portée par un couple d’acteurs lumineux et ensorcelant". Même pas : Daniel Auteuil est bien plus crédible lorsqu’il est assis sur sa chaise près du feu que lorsqu’il joue les commerciaux qui ont une double vie. Marie-Josée Croze de son côté a beau être séduisante et pleine de piquant, on ne croit pas vraiment au personnage qu’elle incarne, à la fois lumineuse et mystérieuse, compréhensive et pressante : la construction est trop bancale pour convaincre.
Reste la réalisation de Zabou Breitman, proprette et sans surprise. En bonne auteure de cinéma, elle a tenu a intégrer ses propres obsessions, à savoir principalement celles liées au souvenir. Cela consiste dans Je l’aimais en une succession de flash-backs d’école, mis en scène à la lumière d’un In the Mood for Love, la photographie somptueuse de Christopher Doyle et Mark Li Ping Bing et la sensibilité à fleur de peau de Maggie Cheung et Tony Leung en moins. Outre un manque d’originalité latent, Zabou Breitman pêche par excès de gourmandise en voulant faire de son couple d’acteurs un couple mythique alors qu’ils ne parviennent à dégager ensembles qu’une sensualité à la petite semaine.
Froid et coincé quand il se veut torride, Je l’aimais devrait tout de même faire recette car des noms comme Gavalda ou Breitman font marcher le commerce. Et le grand public ne retiendra que les sourires de Marie-Jozée Croze, les larmes de Florence Loiret-Caille et les mimiques attendrissantes de Daniel Auteuil dans ce film bourgeois, confortable pour le spectateur au point de lui tenir la main tout son long et de lui donner dès la bande-annonce les rares clés qui ouvrent sur ses maigres secrets.
Morgan Le Moullac
Je l’aimais
Sortie le 6 mai 2009
Drame, France, 1h52, 2008
Réalisé par Zabou Breitman, scénario de Zabou Breitman, Agnès De Sacy, d’après Anna Gavalda
Produit par Fabio Conversi
Photographie de Michel Amathieu
Musique de Krishna Levy
Montage de Françoise Bernard
Costumes de Marie-Laure Lasson
Avec : Daniel Auteuil, Marie-Josée Croze, Florence Loiret-Caille, Olivia Ross, Christiane Millet

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