Un peu abusivement qualifié de "renouveau de la comédie à l’italienne", ce Déjeuner du 15 août n’en est pas moins un beau moment de cinéma, drôle et tendre, parfois malicieux. Son tout petit budget et ses toutes petites ambitions laissent à penser qu’attribuer un tel statut au film et à son réalisateur-acteur, Gianni Di Gregorio, revient à lester une plume aérienne qui s’en serait bien passé.
Certes, avec ses personnages typés, voire stéréotypés, ses bons hommes et ses bonnes femmes du quotidien, ordinaires à croquer, tellement attachants, même dans leurs défauts, l’on se rapproche à grand pas des Toto de Mario Monicelli ou des associations Gassman-Risi. Certes ce Déjeuner du 15 août prend prétexte une histoire de célibataire quinquagénaire dont l’appartement est progressivement envahi par une horde de petites mamies éreintantes pour dresser une étude de mœurs aussi fine qu’une bonne pâte à pizza. Mais ce serait oublier que d’autres réalisateurs avant Di Gregorio ont apporté de l’eau au moulin de la comédie italienne, comme le Ciao Stefano de Gianni Zanasi, et ce serait également oublier cette phrase de Dino Risi :"Pourquoi s’obstiner à dire « comédie à l’italienne » ? Celles qui sont faites en Amérique ne sont pas appelés « à l’américaine ». Si les critiques aiment les étiquettes, je proposerais celle-ci : « la comédie à l’italienne comme la définissent les critiques à l’italienne »".

Toute la réussite de ce film tient dans sa simplicité et dans sa légèreté. Simplicité du scénario qui voit des grand-mères débarquer chez Gianni, célibataire ayant déjà sa propre mère à charge, le temps d’un week-end et dans le but d’éponger quelques dettes et de soulager son docteur et son syndic qui ont besoin de vacances. Légèreté de la réalisation de Gianni Di Gregorio, qui laisse pour son premier film en tant que metteur en scène la caméra voltiger gracieusement et discrètement dans les couloirs de l’appartement de Gianni. Cet appartement sera avec le petit débit d’alcool du coin, le principal lieu de l’action qui se déroule d’autre part sur un temps très court. Nous ne somme pas loin du théâtre dans la linéarité spacio-temporelle du film, ce qui a pour avantage de mettre les personnages du film en relief, Di Gregorio étant pour ainsi dire en retrait de Gianni.
Une réalisation discrète, donc, au service des acteurs et du texte, moteurs principaux du rire dans ce film. Le casting dans son intégralité est épatant. Di Gregorio s’est improvisé acteur et il a bien fait. Il incarne à la perfection ce quinquagénaire consommateur effréné de vin blanc et de cigarettes, les yeux vitreux portant chacun une valise imposante qui ne cessera de grossir à mesure que les mamies lui joueront des tours. Autour de lui, son ami, surnommé le Viking (Luigi Marchetti), est mutique et statique : il ne semble bouger que lorsqu’il est assis sur un scooter. Les quatre vieilles dames qui complètent le casting sont superbes. Recrutées dans diverses maisons de retraite, elles ont sans doute voulu montrer que leur vitalité n’était pas défraichies. Tour à tour coquettes, hargneuses, tendres, bavardes et boudeuses, ce sont elles qui impulsent la dynamique du film, qui lui donnent sa fraîcheur et son humour. L’extravagance et les sautes d’humeur de Valeria de Franciscis, les anecdotes interminables de Maria Cali, le regard lubrique de Marina Cacciotti et l’appétit masochiste de Grazia Cesarini Sforza resteront parmi les petits moments de bonheur de ce film qui en recèle beaucoup et qui n’existe que pour eux.
Morgan Le Moullac
Le Déjeuner du 15 août
Sortie le 11 mars 2009
Ecrit et réalisé par Gianni Di Gregorio
Produit par Matteo Garrone
Décors de Susanna Cascella
Costumes de Silvia Polidori
Son de Filippo Porcari
Avec : Valeria de Franciscis, Marina Cacciotti, Maria Cali, Grazia Cesarini Sforza, Alfonso Santagata, Luigi Marchetti, Marcello Ottolenghi, Petre Rosu, Gianni Di Gregorio.

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