Cinéma

Mères et filles : aliénées au passé


Porté par un casting magnifique et intense, Mères et Filles est un beau film sur le poids des conventions sociales et la complexité des relations familiales. Julie Lopes-Curval réalise un film juste et obsédant.

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Sept ans après avoir tourné Bord de Mer et conquis la Caméra d’Or à Cannes, la réalisatrice Julie Lopes-Curval revient visiter les côtes françaises avec Mères et Filles. Sept ans de réflexion qui l’auront vu quitter la baie de Somme pour le bassin d’Arcachon, ses maisons bourgeoises et son horizon lointain.

De l’autre côté de l’Atlantique, ce sont les Amériques et le Canada, d’où est arrivée Audrey (Marina Hands) pour passer un moment avec ses parents, Martine (Catherine Deneuve) et Michel (Michel Duchaussoy). Les relations entre la mère, médecin et la fille, ingénieure dans l’électroménager, sont mauvaises, entre le non-dit et l’incompréhension. Mais c’est en découvrant un carnet de notes ayant appartenu à Louise, la mère de Martine, qu’Audrey va peu à peu apprendre à sauter le fossé inter-générationnel qui la sépare de sa propre mère. Mères et Filles, dans un langage simple mais chargé d’émotions et de tensions, présente trois générations de femmes, trois façons d’être mère dans trois temporalités différentes qui se rejoignent dans la propriété familiale.

Très attentive à la composition de ses plans-clés, la réalisatrice cumule parfois à l’excès les procédés cinématographiques quand la qualité de son casting et même la ligne de conduite générale de sa réalisation, construite autour de la simplicité et de la frontalité du plan fixe, auraient suffi à charger le film d’un climat puissamment évocateur.

Le sentiment d’oppression qui cloue le spectateur à son siège, c’est celui-là même qui a hanté et hante toujours les personnages féminins de ce film. Louise, prisonnière des conventions sociales de son époque et d’un mari qui ne souhaite la voir qu’à la maison, Martine, qui n’a pas compris la disparition soudaine de sa mère et qui, comme pour la punir, se sent obligée de nier ses élans de liberté et Audrey, que la froideur de sa mère révulse, mais qui ne peut se résoudre à couper définitivement le cordon : toutes ces femmes, bien que vivant à des époques différentes, sont aliénées à quelque chose qu’il serait peut-être simpliste de résumer par l’expression "la condition féminine". Ainsi Audrey est-elle tombée enceinte d’un amant-ami occasionnel, chose qu’elle assume simplement comme étant un signe des temps. Les barreaux derrière lesquels ces femmes se débattent sont moins ceux de l’Epoque que ceux de leur histoire personnelle - certes intimement liée à l’évolution du regard porté sur la femme.

La propriété familiale fait alors figure d’actant au même titre que les personnages du film. Ses vieux meubles, ses vieux murs renferment à l’évidence des secrets et la superposition des temporalités renforce l’impression générale de voir une maison hantée par des fantômes encore vivaces. La pièce centrale de la maison est la cuisine, l’endroit où les confrontations sont les plus signifiantes, l’endroit où Audrey retrouve le carnet de sa grand-mère et l’endroit-étalon qui détermine l’évolution des mœurs et la progressive libération de la femme par la technologie.

Mais il reste les chaînes familiales... A ce titre, les faces-à-face entre Audrey et Martine sont magnifiques de tension et d’une émotion contenue avec peine. La caméra de Julie Lopes-Curval y est sans doute pour beaucoup mais pas autant que le talent des deux interprètes principales du film. Catherine Deneuve trouve en Martine l’un de ses plus beaux rôles récents et elle donne au personnage une consistance et une force rares. Marina Hands est superbe, tour à tour fragile et combattive, et sait provoquer l’empathie pour son personnage. Marie-Josée Croze de son côté, confirme toute la dureté de son jeu. Avec ce beau trio, on en oublierait presque la distribution masculine du film portée par Jean-Philippe Ecoffey et Michel Duchaussoy, tous deux crédibles et émouvants, bien que souvent placés en retrait.

Morgan Le Moullac

Mères et Filles

- Sortie le 7 octobre 2009
- Drame, France, 1h45, 2009
- Réalisé par Julie Lopes-Curval, scénario de Julie Lopes-Curval, Sophie Hiet
- Produit par Alain Benguigui
- Photographie de Philippe Guilbert
- Montage de Anne Weil
- Décors de Philippe Van Herwijnen
- Costumes de Dorothée Guiraud, Nathalie Causse
- Avec : Catherine Deneuve, Marina Hands, Marie-Josée Croze, Michel Duchaussoy, Jean-Philippe Ecoffey, Carole Franck, Eleonore Hirt ,Gérard Watkins, Romano Orzari, Nans Laborde Jourdaa


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mardi 6 octobre 2009
 
 
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