Après avoir raconté la jeunesse des beaux quartiers de Paris dans ses derniers films, Christophe Honoré s’en retourne dans sa Bretagne natale pour Non ma fille, tu n’iras pas danser, un titre extrait d’une chanson traditionnelle, Le Pont de Nantes. Amoureux des belles histoires, qu’elles soient chantées ou contées, le réalisateur trouve dans le pays de la blanche hermine le terreau idéal pour développer cette chronique familiale tantôt légère, tantôt poussive qui voit Léna (Chiara Mastroianni), mère célibataire à fleur de peau rejoindre ses parents, son frère dégingandé et sa sœur caractérielle dans leur domaine breton. Le piège : par un excès de bonté qui s’apparente à de l’ingérence amoureuse, les parents de Léna ont aussi invité Nigel, son ex, dans une tentative désespérée de réconciliation. Entre Paris et la Bretagne, Christophe Honoré livre le récit des atermoiements sentimentaux et familiaux de la belle Léna, entre cynisme désabusé et volonté farouche de suivre sa propre voie, quelle qu’elle soit.

Non ma fille, tu n’iras pas danser ressemblait à un tournant. Comment ? Christophe Honoré quitte les trottoirs parisiens pour les sentiers bretons ? Un séisme équivalent à l’annonce d’un Stéphane Berne présentant Intervilles. La Bretagne, terre mystérieuse, landes brumeuses bercées par le son des cornemuses... Bof : Christophe Honoré préfère éviter les clichés trop évidents sur la région pour se concentrer sur ses thématiques favorites, ce qu’on peut appeler ses obsessions ou encore ses clichés personnels. La Bretagne, donc, devient un repaire pour les bobos parisiens évadés le temps d’un week-end. La belle demeure familiale remplace les beaux immeubles parisiens, il ne reste plus qu’à la remplir de ces amours naissant au détours d’une phrase ou disparaissant sous l’effet d’un souvenir impromptu. Honoré refait du Honoré, sauf que la vitalité des dialogues/paroles des Chansons d’Amour et la qualité du jeu d’acteur de Dans Paris sont absents. De la troupe d’acteurs de Non ma fille... on ne retiendra que Chiara Mastroianni qui donne joliment corps à son personnage de mère inadaptée mais aimante, d’amante irrégulière et irrésolue et de fille rebelle de trente ans.
Et la Bretagne dans tout ça ? Christophe Honoré lui rend hommage au travers d’une séquence d’une quinzaine de minutes reconstituant une légende brodée sur le thème de la succube ou du vampire féminin qui aspire la vie de tous les homme qui l’approchent de trop près. C’est joli, ça sent bon le terroir, mais l’analogie avec les difficultés relationnelles de Léna est trop évidente et le segment n’a finalement d’autre utilité formelle que de séparer le récit entre un avant et un après... sauf que rien n’a vraiment changé entre les deux. Et le retour à Paris, morne et désolant, laisse à penser que Christophe Honoré ne l’a jamais vraiment quittée.
Morgan Le Moullac
Non ma fille, tu n’iras pas danser
Sortie le 2 septembre 2009
Comédie, France, 1h49, 2009
Réalisé par Christophe Honoré, scénario de Christophe Honoré, Geneviève Brisac
Produit par Pascal Caucheteux
Photographie de Laurent Brunet
Décors de Samuel Deshors
Costumes de Pierre Canitrot
Avec : Chiara Mastroianni, Marina Foïs, Marie-Christine Barrault, Jean-Marc Barr, Fred Ulysse, Julien Honoré, Marcial Di Fonzo Bo, Alice Butaud, Louis Garrel, Caroline Silhol, Donatien Suner, Lou Pasquerault, Jean-Baptiste Fonck

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