Les "productions Tim Burton" se suivent et ne se ressemblent pas. Après les inoubliables L’Etrange Noël de Monsieur Jack et Les Noces Funèbres, Numéro 9 fait figure d’intrus. C’est que le projet existait déjà bien avant que le châtelain Burton ne plonge son lorgnon en sa direction. L’esprit Burton, "la patte Burton" sont absents de ce Numéro 9 : une fois que la vérité est rétablie, l’on peut se pencher véritablement sur ce film réalisé par Shane Acker.
Numéro 9 est une créature née entre les mains d’un savant juste avant qu’il ne meure (seule concession du film envers une thématique chère à Tim Burton). A son réveil, ce petit bonhomme fait de toile, de bois et de génie, est plongé brutalement dans la dure réalité qui l’entoure : le monde est dévasté et peuplé de bêtes mécaniques féroces. Heureusement, Numéro 9 n’est pas la seule poupée de cire-poupée de son qui traîne dans le coin. Il y a l’aventureux n°2, le balèze n°8, l’artiste incompris n°6, le bon n°5...
L’entrée en matière du film est sidérante à plusieurs titres. D’abord parce que l’animation est d’une fluidité sans faille et que le style des personnages et des décors fait habilement l’amalgame entre des rondeurs enfantines et une tonalité sombre post-apocalyptique. Ensuite parce que dès les premières minutes du film, ce pauvre Numéro 9 est plongé dans un monde impitoyable fait de tromperies, de désespoir et d’images désenchantées inspirées des films-étalons du cinéma bis.
Ce qui fait le charme de ce Numéro 9. Un univers détonnant et poétique maîtrisé. Des personnages attachants. Une tonalité totalement anti-Disney (non pas contre, mais à l’opposé de... entendons-nous bien) et originale. Des scènes d’action peut-être plus nombreuses que dans le premier Mad Max venu... et plutôt bien chorégraphiées et mises en scènes. Les compositions de Danny Elfman habillent superbement l’ensemble.

Ce qui joue contre Numéro 9. Des scènes d’actions qui s’accumulent à un rythme trop régulier avec une intensité trop semblable : l’intérêt ne sombre jamais mais ne décolle pas non plus, le film ressemble à une croisière sans départ ni arrivée. Numéro 9 ne rigole pas ou très peu. Numéro 9 navigue dans les eaux troubles du premier degré - Timur Bekmambetov, réalisateur explosif de la série des Day watch et de Wanted, et co-producteur ici doit y être pour quelque chose.
Moins intéressant que Coraline mais aussi sombre, Numéro 9 se laisse regarder avec le même plaisir que l’on peut éprouver face à un film d’action laissant l’atmosphère prendre le pas sur le scénario - ou quand des idées (bonnes pour la plupart) remplacent une trame. Reste que les monstres, le réalisme apocalyptique et la tonalité générale du film feront sans doute fuir les plus jeunes enfants et applaudir les autres.
Morgan Le Moullac
Numéro 9
Sortie le 19 août 2009
Animation, Etats-Unis, 1h20, 2008
Réalisé par Shane Acker, scénario de Pamela Pettler, Shane Acker
Produit par Tim Burton, Timur Bekmambetov, Jim Lemley, Dana Ginsburg
Musique de Danny Elfman et Deborah Lurie
Montage de Nick Kenway
Direction artistique de Christophe Vacher, Kevin R. Adams
Avec les voix VO de : Elijah Wood, Jennifer Connelly, Crispin Glover, Martin Landau, Christopher Plummer, John C. Reilly

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