« Comment vous est venue cette idée de film ? De détourner Amélie Poulain pour en faire quelque chose de plus sarcastique ? »
Allan Mauduit : En fait c’est parti de ça ! C’était la première idée, ce qui allume la mèche.
Jean-Patrick Benes : Après l’idée a beaucoup évolué car on s’est rendu compte que c’était un peu réducteur de juste faire une parodie d’Amélie Poulain. En créant en plus le personnage de Mélanie on s’est rendu compte qu’il y avait derrière une galerie fantastique de personnages qui avaient leur propre autonomie.
« Le but c’était quoi ? Montrer qu’un peu de méchanceté gratuite ça fait du bien ? »
AM : En fait le message du film c’est vraiment le conte de féé moderne. C’est vraiment une victime qui décide de se venger. Parce qu’en fait ce ne sont pas trois bonnes fées qui se sont penchées sur son berceau, mais trois mauvaises. Et la ressource, elle l’a trouvée en elle.
« Une sorte de super héros ? »
AM : Une injusticière. Et puis évidemment il y a cette phase où elle va devoir apprendre à maîtriser cette méchanceté. Elle décide de changer, elle essaie, se plante et finit par y arriver. Un peu comme Spiderman au début qui n’arrive pas à maîtriser tous ces pouvoirs. C’est pour ça aussi qu’à un moment on la perche sur un toit avec vue sur la ville, un peu à la Batman !

« Il y a un côté provoc aussi. Jusqu’où vous êtes vous autorisés d’aller ? »
JPB : Jusqu’à ce que ça nous fasse rire. On a fait un film qui nous faisait rire. On ne s’est rien interdit. On s’est juste demandé à la base si on allait vers un film réaliste ou vers un film style conte de fée. On s’est très vite dit que le réalisme ne nous intéressait pas. On voulait pouvoir tout d’un coup mettre par exemple de la musique des années 80 ou un décor un peu à l’américaine.
AM : Et puis on voulait aussi qu’il y ait un attachement assez fort au personnage principal. On ne voulait pas la perdre. On l’aimait bien ! Donc sur certains gags on a reculé pour ne pas risqué de faire disparaître l’empathie pour le personnage.
« Et au niveau du casting, est-ce que Marilou Berry était une évidence dès le départ ? »
JP : Pas à l’écriture mais une fois qu’on a fini la première mouture du script et qu’on l’a soumise aux producteurs, on s’est demandé à qui on allait l’envoyer et très vite est venu le nom de Marilou Berry. Le danger c’est d’écrire avec un nom en tête et de ne pas l’avoir. On ne voulait pas le faire. Mais le problème qui s’est quand même posé c’est qu’on a trouvé qu’un seul nom ! (rires) Mais on eu du bol car elle a dit oui tout de suite.
En fait, les gens pensent qu’on a pris Marilou parce qu’elle ne rentre pas dans les canons esthétiques de l’époque. Mais en fait non, on l’a prise car elle manie la comédie comme personne.
« C’est un film un peu féministe aussi ? C’est quand même une prise de pouvoir des femmes… »
JP : Quand on ose dire que c’est un film féministe on se fait taper sur les doigts par nos comédiennes ! Mais ce que ça pourrait avoir de féministe c’est que c’est un film féminin avec des femmes qui sont toutes finalement aux commandes. En plus le rôle de Bimbo est tenu par un homme avec Jonathan. C’est peut-être le seul pied de nez féministe. Mais c’est vrai que finalement toutes nos femmes dans ce film sont au pouvoir… Mais ce n’est pas vraiment un film féministe, c’est un film de gonzesses quoi… (rires)

« Il y a pas mal de clins d’œil à différents genres du cinéma. Comment êtes-vous parvenus à ne pas perdre l’unité du film ? »
JPB : On ne voulait pas faire un pastiche où on pense déjà aux scènes qu’on va parodier avant de les intégrer au film. Nous c’est le contraire. Tout d’un coup il y a des endroits où on se dit « tiens on pourrait faire un clin d’œil aux morts vivant, à 24 heures, etc… » C’est plus des références et des clins d’œil. On ne s’est pas dit « tiens ce serait bien d’avoir une scène de morts vivant ». On avait plus des envies de gags et de personnages que de références. Les références sont venues toutes seules parce qu’on adore le cinéma, qu’on regarde tous les genres.
« Le projet a mis du temps à se monter ? »
AM : Oui parce qu’on est lents ! Et parce que l’idée a beaucoup évolué, parce que parfois on explorait deux pistes et qu’on allait au bout de chacune d’elles pour savoir laquelle était la meilleure. Et après il a fallu trouver le financement et puis c’est un premier film. Ce film a vocation commercial mais en même temps il est décalé et original. C’est une comédie qui ne ressemble à rien d’autre alors quand les financiers nous demandaient à quoi ça allait ressembler…
JPB : Et puis pareil pour la cible, ça s’adresse à tout le monde et à personne ! Moi j’aime bien le cinéma populaire qui est bien fait, c’est tout.
« Comment gérez-vous le buzz fait en ce moment autour du film ? Et les attaques de la SPA ? »
JPB : Nous au départ on faisait un petit film donc on n’avait pas une grosse pression. Les objectifs de résultat étaient assez bas. Donc tout d’un coup de voir que le buzz prend ça nous fait plaisir mais ça ajoute de la pression. Mais en même temps on a fait tout ce qu’on pouvait avec ce qu’on avait donc on n’a pas de regrets. Toute l’équipe a très bien travailler alors après alea jacta est. Evidemment on voudrait que ça marche ! Pour la polémique, c’est tellement absurde que bon… Et puis finalement ça nous fait encore un peu plus de pub !
AM : Et puis on est fiers du film et on sait qu’on la fait de la manière la plus sincère possible.
« Le public français a en plus un a priori assez positif envers Marilou Berry. On sent qu’il y a pas mal d’affectif autour d’elle, de part sa mère aussi peut-être… »
AM : C’est quelque chose qu’on ne mesurait pas du tout au moment de tourner le film. On s’en est rendu compte lors de la tournée en province. Tant mieux pour nous, tant mieux pour le film. Nous tout ce qu’on espère c’est que ce film marchera suffisamment bien pour qu’on puisse en réaliser un deuxième et si ça marche encore mieux que prévu et bien tant mieux ! Mais Vilaine c’est un peu un OVNI dans la cinématographie française quand même !
JPB : Si ça marche ce qui va nous tomber dessus c’est Vilaine 2 ! (rires) Mais moi je préfèrerai faire complètement autre chose après car j’aime plein d’autres styles. On a plein de pistes de toute manière.
Propos recueillis par Carole Bouchard.

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