Cinéma

The Reader : en marge de l’histoire


Ennuyeux, maladroit et parfois même manichéen, The Reader est un ratage difficilement compréhensible que la performance de Kate Winslet ne parvient pas à effacer.

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Doublement en lice pour l’obtention de l’Oscar 2009 de la Meilleure actrice, avec son rôle dans Les Noces Rebelles de Sam Mendes et The Reader de Stephen Daldry, c’est grâce à ce second film que l’excellente actrice Kate Winslet a remporté sa statuette. Un récompense méritée au regard des performances habitées et convaincantes de la jeune femme dans chacun des rôles qu’elle a investi, mais une récompense étrangement décernée tant le film de Sam Mendes semble supérieur en bien des points à celui de Daldry.

Quand Les Noces Rebelles dressait un portrait critique de la société banlieusarde américaine figée des années 1950, The Reader s’attaque à la question de la Shoah en retraçant l’histoire d’amour entre un jeune homme nommé Michael Berg (David Kross) et une femme de 35 ans (Kate Winslet) au sortir de la seconde guerre mondiale, une femme qu’il perdra brutalement de vue avant de la retrouver des années plus tard sur les bancs d’un procès contre des criminels de guerre nazis. Cette femme, Hanna, à qui il faisait la lecture d’ouvrages comme L’Odyssée ou Huckleberry Finn, révélera alors progressivement son passé trouble et son rôle ambigu au sein de la machine nazie.

Malgré ce pitch prometteur, The Reader est décevant et pour tout dire raté. La faute à une narration tout en flash-backs grossiers et lisibles à dix kilomètres de distance, la faute à une mise en scène lisse et exagérément précautionneuse qui laisse tout juste poindre le talent de son actrice principale, mais étouffe celui des autres, Ralph Fiennes en tête, qui incarne Michael Berg devenu adulte d’une façon incroyablement banale, compte tenu de ce qu’il a pu montrer récemment.

La faute enfin à un propos de fond vague, au mieux. Par l’entremise de ce personnage d’Hanna, un être froid et rugueux, mais humaniste, le film pose la question de la responsabilité de l’individu pris dans un système dont il ne peut contrôler qu’une infime partie, par ceux des personnages d’Ilana Mather (Lena Olin) et de Michael Berg, il interroge la possibilité d’une réparation de l’horreur et du pardon. Ces questions, essentielles à qui veut serieusement traiter de la Shoah, restent ici sans réponse claire tant l’oeil de Stephen Daldry s’est focalisé sur la relation entre Hanna et Michael. Au lieu de prendre l’ampleur d’un film historique sur la culpabilité et le pardon, le film brasse du vent et se contente de confondre émotion et sensiblerie en abordant de grands sujets par le côté le plus étroit de la lorgnette.

Morgan Le Moullac

The Reader

- Sortie le 15 juillet 2009
- Drame, Etats-Unis, Allemagne, 2h03, 2008
- Réalisé par Stephen Daldry, scénario de David Hare
- Produit par Anthony Minghella, Sydney Pollack, Scott Rudin, Donna Gigliotti
- Photographie de Chris Menges, Roger Deakins
- Musique de Alberto Iglesias, Nico Muhly
- Montage de Claire Simpson
- Avec : Kate Winslet, Ralph Fiennes, David Kross, Bruno Ganz, Lena Olin, Alexandra Maria Lara


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mardi 14 juillet 2009
 
 
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