Cinéma

Wendy & Lucy : comme un road-movie à l’arrêt


Avec beaucoup de finesse et de sensibilité, Kelly Reichardt raconte la difficulté qu’éprouve une jeune femme à se frayer un chemin en dehors du sentier de la pauvreté. Doux et mélancolique sans sombrer dans la lamentation, Wendy et Lucy est un très grand petit film porté par une belle pudeur dans la réalisation et l’interprétation.

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Avec Old Joy, son premier long-métrage sorti en France, Kelly Reichardt s’était fendue d’un film aussi discret qu’épatant, à placer au sommet du panier des films indépendants américains. Deux ans plus tard, force est de constater que la réalisatrice n’a toujours pas l’intention de balayer d’un revers de main commercial l’épaisse couche d’humilité qui enveloppe ses films et son travail.

Wendy et Lucy est l’histoire toute simple d’une fille toute simple (Michelle Williams) qui essaye de rejoindre un point B depuis un point A, sans y parvenir. Comme dans Old Joy, la forêt, infiniment belle et spirituelle, envahit le début de du film qui voit la jeune Wendy, un petit bout de femme au visage poupin, à la fois fragile et déterminée, aller à la rencontre d’un groupe de marginaux entourant bruyamment un feu de camp. Dans une scène à l’atmosphère mystique, une sorte de gourou envapé prénommé Icky (Will Oldham, acteur-musicien vu également dans Old Joy) raconte sa vie en Alaska, là où Wendy espère trouver du travail pour commencer une nouvelle vie en compagnie de sa chienne Lucy.

La simplicité est le nœud essentiel de ce film. Il a été tourné en un laps de temps réduit par ce qui semble être une bande de copains dont la réalisatrice, Will Oldham, le producteur exécutif Neil Kopp et le scénariste et écrivain Jon Raymond sont le noyau dur. A vrai dire, la présence de Michelle Williams, dont la renommée est internationale depuis la série Dawson et le film Retour à Cold Mountain, est la seule chose qui distingue financièrement le premier du second film de Kelly Reichardt, ce qui est peu dire, Wendy et Lucy étant la première véritable apparition en tant que tête d’affiche de l’actrice.

Cette économie de moyens pendant le tournage, on la retrouve comme en impression dans la mise en scène de la réalisatrice. Avec ses magnifiques travellings en pleine nature, ses plans généralement assez longs pour laisser le décors ou la sensibilité des personnages imprégner l’image, ses cadrages qui recherchent presque systématiquement l’infiniment grand dans l’infiniment petit et la photographie lumineuse de Sam Levy, Wendy et Lucy propose un humanisme éloigné de toute sophistication. La musique de Smokey Hormel et Will Oldham enserre le tout dans un écrin de mélancolie de bon ton.

Le personnage de Wendy et le jeu de Michelle Williams semblent résumer l’ensemble de ces aspirations. L’actrice incarne avec beaucoup de sensibilité et de discrétion un personnage dont la douceur, la fragilité et la persévérance en font une sorte d’icône parabolique, une martyre placée sur l’autel de l’indifférence des hommes. Le désir simple de Wendy, à savoir rejoindre l’Alaska et y trouver un boulot honnête pour survivre à la condition de pauvreté dans laquelle elle est née, sera contrarié par une série de petits malheurs sans grande conséquence pour qui n’est pas pauvre. Une panne de moteur et voilà la jeune femme, dont les économies sont maigres et dépensées avec parcimonie, bloquée dans une petite ville de l’Oregon qui porte tout juste un œil indifférent sur sa situation. Confrontée à l’hostilité bornée de certains des habitants de la ville, Wendy passera même une nuit en prison, pour un rien. Mais ce rien, encore une fois, comme une fatalité, va accoucher d’une montagne : Wendy perd Lucy et va errer dans travers la ville à sa recherche.

Ecrit et filmé comme un road-movie à l’arrêt, Wendy et Lucy est en cela un film politique sur le thème de la lutte des classes et l’incompréhension dévastatrice qui résulte de celle-ci. Quand on n’a rien, accomplir la plus raisonnable et la plus petite des actions, comme aller d’un point A à un point B devient un vrai chemin de croix. La grandeur de l’âme humaine n’est pas proportionnelle au poids de ses possessions : tel semble être le message de ce film, comme le démontre le final émouvant qui voit Wendy faire le choix du dépouillement total pour mieux avancer. Un sacrifice dérisoire mais fondateur d’une nouvelle humanité, d’un nouveau départ. Et l’espoir d’achever enfin son voyage initiatique renaît. Et les trains que Wendy ne voit ou n’entend que de loin tout au long du film ne sont plus un symbole ironique de son immobilité forcée, mais bien un signe qu’elle a, à force de persévérance, remporté sa petite lutte des classes.

Morgan Le Moullac

Wendy et Lucy

- Sortie le 8 avril 2009
- Drame, Etats-Unis, 1h20, 2008
- Réalisé par Kelly Reichardt, scénario de Kelly Reichardt et Jon Raymond
- Produit par Neil Kopp, Anish Savjani, Larry Fessenden
- Photographie de Sam Levy
- Décors de Ryan Smith
- Montage de Kelly Reichardt
- Musique de Smokey Hormel et Will Oldham
- Avec : Michelle Williams, Will Patton, John Robinson, Larry Fessenden, Will Oldham, Walter Dalton


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mardi 7 avril 2009
 
 
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