Les rivages de la mer caspienne, en Iran, de nos jours. Un groupe d’amis décident de passer un week-end dans une maison abandonnée au bord de la mer. Parmi eux, des couples et leurs enfants, ainsi que Ahmad, tout juste remis d’une rupture amoureuse et Elly, une mystérieuse jeune femme que le groupe ne connaît pas encore à l’exception de son amie Sepideh. Elle l’a invitée dans l’espoir de voir naître une relation entre les deux seuls membres célibataires du groupe. Alors que l’ambiance est au beau fixe, Elly disparaît, laissant ses amis dans l’embarras et l’inquiétude.
Récompensé d’un Ours d’Argent au 59e Festival du Film de Berlin, A propos d’Elly est une bien étrange fiction, de celles qui laissent un goût durable longtemps après son visionnage. Cette impression laissée dans l’esprit du spectateur, c’est avant tout Elly elle-même qui la provoque. Joué avec beaucoup de finesse par Taraneh Alidousti, Elly est un personnage éminement mystérieux, qui ne laisse rien révéler de son passé et de ses sentiments. Elly n’aurait pu n’être qu’un fantôme laissant derrière lui le souvenir d’une émotion plutôt que celui d’un sentiment, d’une présence, mais ce serait oublier sa beauté, frappante, et son charisme troublant. Présente ou disparue, Elly reste insaisissable aussi bien pour les amis qui l’accompagnent que pour le spectateur.

Devant leur maison de vacances à l’abandon, presque une ruine, s’étend une plage peu accueillante, jonchée de blocs de pierre, et une mer ténébreuse, inquiétante, agitée, qui "empruntera" un enfant sauvé de justesse, et Elly, peut-être pour l’éternité. Ce cadre, qui représente la quasi-totalité de l’espace du film, semble être le décors idéal pour représenter symboliquement ce qui fait la teneur thématique du film, à savoir la lutte contre la rigueur aliénante d’une structure sociale figée dans la tradition. Et le courant qui emporte les hommes au large pour les ramener sans vie le matin est l’image parfaite de l’individu qui, en se débattant contre la morale, finit par perdre ses forces et se noyer alors que les flots le ramènent malgré lui vers la côte. Elly, parce qu’elle aura voulu vivre comme une femme libérée des contraintes sociales qui l’étouffent, disparaîtra aux yeux de tout le monde, ceux de ses amis, promptes à la juger et même la condamner, et ceux des spectateurs que le réalisateur Asghar Fahradi n’hésite pas à intégrer au groupe en plaçant la caméra en son coeur, ne se contentant pas de suivre tel personnage, mais en se créant un oeil et des déplacements propres.
Malgré lui, le spectateur se trouve alors embarqué dans ce tourbillon de remors et d’inquiétude qui submerge les personnages du film. Une situation inconfortable et embarassante qui met sur le même plan le spectateur et les personnages qui tentent sans succès de se débarasser de leurs derniers oripeaux de moralisme figé. Troublante jusqu’à sa dernière image, A Propos d’Elly est une oeuvre captivante, malgré quelques longueurs, et qui ne laisse pas intact.
Morgan Le Moullac
A Propos d’Elly
Sortie le 9 septembre 2009
Drame, Iran, 1h56, 2009
Ecrit et réalisé par Asghar Farhadi
Produit par Asghar Farhadi et Mahmoud Razavi
Photographie de Hossein Jafarian
Montage de Hayedeh Safiyari
Decors de Asghar Farhadi
Musique de Andrea Bauer
Avec : Golshifteh Farahani, Tanareh Alidousti, Shahab Hosseini, Merila Zarei, Mani Haghighi, Peyman Moadi, Rana Azadivar, Ahmad Mehranfar, Saber Abar

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