Cinéma

Aliker : du militant au journaliste


Sans être totalement raté, Aliker pêche par sa réalisation molle et naïve et le choix de Stomy Bugsy dans le rôle principal. L’écriture du scénariste Patrick Chamoiseau sauvegarde néanmoins l’intérêt de ce film.

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Le 8 mai 1920 paraît en Martinique le premier numéro du journal Justice, soit l’organe de presse d’un groupe communiste composé de Jules Monnerot, Juvénal Linval, Léopold Bissol et André Aliker. Ensemble, ils s’attacheront à dénoncer les abus des patrons, la corruption des services publics et les injustices de toutes sortes. "Justice", "injustice", ces mots résonnent sans discontinuer dans le film de Guy Deslauriers parce que la justice est le fer de lance d’André Aliker, ce militant devenu journaliste au service de sa majesté la Vérité.

Sous la plume didactique de l’écrivain Patrick Chamoiseau, Aliker devient le récit limpide de la vie d’un homme dévoué à une cause au point d’y perdre la vie, le récit d’un homme qui, à cette période charnière que sont les années 1930 et que l’équipe du film a reconstitué avec beaucoup d’application et des moyens réduits, synthétise à lui-seul une grande partie des enjeux politiques et sociaux de l’époque à savoir le militantisme, le communisme, le racisme, le colonialisme, le journalisme...

Sous la caméra maladroite et télévisuelle de Guy Deslauriers, Aliker finit par ennuyer, à force de plans clichés étirés en longueur et de symbolisme facile. Dommage, car la vie et le personnage d’André Aliker aurait mérité sans doute un peu mieux que cette réalisation bâclée et ce casting bancal. Homme profondément courageux mais traumatisé par ce qu’il considère comme un acte de lâcheté durant la guerre des tranchées, Aliker cherchera toute sa vie à effacer cette honte qu’il garde tapie au fond de lui. Tourmenté en dedans, il sera brillant, drôle, fin analyste et fin styliste en société, contribuant à conduire le tout petit journal Justice vers les sommets du journalisme d’investigation. La peur qui le tenaille, André Aliker l’exorcisera par des actes de bravoure, comme de déclarer la guerre au plus gros planteur et usinier de la Martinique, le redoutable Eugène Aubert, surnommé le dragon.

Face à un personnage d’une telle épaisseur psychologique et d’une telle importance dans l’histoire de la Martinique, l’on aurait pu espérer un acteur autrement plus dense que Stomy Bugsy. Pas crédible un seul instant, sauf en photo, le rappeur parvient à saper un casting par ailleurs composé de pièces rapportées de la télévision au sein duquel Lucien Jean-Baptiste (La Première Etoile) fait figure d’heureuse exception. Le constat est donc mitigé pour cet Aliker plein de bonne volonté et qui se laissera doucement regarder lors de sa diffusion dans la petite lucarne.

Morgan Le Moullac

Aliker

- Sortie le 3 juin 2009
- Biographie, France, 1h50, 2008
- Réalisé par Guy Deslauriers, scénario de Patrick Chamoiseau
- Photographie de Jacques Boumendil
- Musique de Amos Coulanges
- Montage de Ailo Auguste
- Décors de Nikos Mélétopoulos
- Costumes de Sandrine Alpha
- Avec : Stomy Bugsy, Lucien Jean-Baptiste, François Marthouret, Xavier Thiam, Johan Titus, Serge Feuillard, Jean-Louis Loca, Patrick Rameau, David Kamenos


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mercredi 3 juin 2009
 
 
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