A la vision de Bronson, tiré de l’histoire vraie d’un prisonnier britannique médiatique, l’on se demande si la tentative initiée par les producteurs du film d’en faire un nouveau Orange Mécanique ne revient pas à se tirer une balle dans le pied. A dire vrai, sur le ring de l’imaginaire, le brutal Bronson ne tiendrait pas cinq minutes face au barge Alex DeLarge.
Le film de Nicolas Winding Refn, auteur notamment de la trilogie Pusher, ne manque pourtant pas d’atout. L’image est léchée, l’acteur Tom Hardy (RockNRolla) est transformé pour l’occasion en une boule de testostérone habillée d’une moustache-balais, aussi élégante qu’un rugbyman sur une planche de surf, et la mise en scène est très travaillée, presque chorégraphiée, ce qui en fait déjà un film plus intéressant que la moyenne abordant le même thème. Surtout, Nicolas Winding Refn et son co-scénariste Brock Norman Brock ont su récupérer à leur profit une de ces histoires vraies qui frisent la fiction délirante. Bronson est le portrait du prisonnier le plus dangereux d’Angleterre auto-proclamé, une montagne de muscle qui aura passé 34 de ses 56 hivers en prison, dont une grande partie en isolement cellulaire. Incapable de vivre autrement qu’enfermé, Bronson trouve une forme de salut dans l’art, en publiant des poèmes et en s’adonnant aux arts plastiques.

Pourquoi comparer Bronson à Orange Mécanique ? Parce que ces films parlent du paradoxe de la prison, un système extrêmement brutal censé remettre les individus violents dans le droit chemin. Parce que tous deux parlent de leur société comme d’une mère féroce qui châtie ses enfants trop semblable à elle. Parce que l’esthétique soignée qui les habille fait le contrepoint de la violence primale qui les habite, et tend à réveiller chez le spectateur sa fascination pour l’interdit.
Pourquoi la comparaison ne tient pas ? Outre le fait que Nicolas Winding Refn n’est pas Stanley Kubrick - c’est une évidence - le problème tient essentiellement dans la complaisance dont fait preuve le réalisateur à l’égard de son personnage. Il aime Bronson et est le premier fan de ses aspirations artistiques au point d’en faire un personnage de cartoon a-temporel, tragi-comique et violent, épuisant mais sympathique. Si la distanciation est le maître-mot de la mise-en-scène du réalisateur, qui n’épargne aucun artifice pour bien faire comprendre que Bronson est un personnage à fonction cathartique, ce n’est pas celui de la méthode de travail du réalisateur qui aura cherché à tout prix à trouver la raison des agissements de son personnage, au point de faire de sa vie une œuvre alors que cette vocation d’artiste lui est arrivée sur le tard. Voilà comment une brute épaisse passe pour un artiste, et comment un film s’emmêle les bobines.
Dans le genre biographie-de-prisonnier-violent-mais-attachant, on préférera même Chopper d’Andrew Dominik, beaucoup moins complaisant envers son sujet (l’excellent Eric Bana), mais bien plus acerbe vis-à-vis des procédés de médiatisation expiatoire d’une société prompte à dévorer ses propres enfants.
Morgan le Moullac
Bronson
Sortie le 15 juillet 009
Drame, Royaume-Unis, 1h32, 2009
Réalisé par Nicolas Winding Refn, scénario de Nicolas Winding Refn et Brock Norman Brock
Produit par Daniel Hansford, Rupert Preston, Terry Stone
Photographie de Larry Smith
Montage de Matthew Newman
Décors d’Adrian Smith
Avec : Tom Hardy, Matt King, James Lance, Kelly Adams, Amanda Burton

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