Au début des années 1980, le magazine Times titrait en une à propos de la ville de Miami : "Le Paradis perdu ?". C’est qu’entre la station balnéaire pépère du début des années 1970 qui voyait ses retraités se délasser paisiblement sur ses plages et la ville démoniaque, capitale du crime et du trafic de cocaïne que Miami est devenue dans les années 1980, il y a tout un monde. Un monde de trafiquants, de dealers, de prostituées recyclées en chefs de guerre et de tueurs que le documentaire signé Billy Corben compile en près de deux heures haute densité d’images d’archives et de témoignages sur cette ville qui a inspiré le Scarface de Brian De Palma ou encore la série Miami Vice.
Le documentaire est divisé en trois parties distinctes, une scission qui a l’avantage d’être cohérente à la fois sur le plan chronologique et thématique. D’abord, il y a la cocaïne, véritable héroïne du film et emblème officieux de Miami, c’est elle qui a permis de développer ses infrastructures dans les années 1980 et d’être l’une des seules villes des Etats-Unis à ne pas subir de plein fouet la récession dans la même période... Ensuite, il y a l’argent : tout le monde se souvient dans Scarface d’un Tony Montana pavanant dans des voitures de luxe et s’enfermant dans son manoir sur-équipé... La réalité n’est pas moins fantasque, Miami étant l’épicentre d’un marché de plus de 20 milliards de dollars rien que pour la drogue. Enfin il y a la violence, les exécutions et les guerres de gangs... après les flots de cash viennent les flots de sang.

Les deux intervenants principaux du film, Jon Roberts et Mickey Munday ont contribué à cet essor de la poudre blanche, la drogue la plus populaire des années 1970 et 1980. Le plus beau succès de ce documentaire est là, dans ces deux trouvailles que constituent les témoignages de ce duo de gangsters plus vrais que nature, et dans celui, plus tard, de Jorge "Rivi" Ayala, un tueur à gages implacable et froid. Les témoignages de ces trois individus permettent à eux seuls de reconstituer la filière de la drogue, depuis son arrivée aux Etats-Unis par avion, jusqu’à l’inévitable bain de sang final. Originaire de New-York, Jon Roberts est petit, maigre et le teint hâlé. Les mots fusent de sa bouche comme les balles d’une mitraillette et il prend un plaisir évident à raconter ses exploits de trafiquant, la belle vie qui en a résulté avant que tout s’écroule et qu’il passe un bon moment en prison. Mickey Munday, lui, était pilote. Avec son visage rougeaud, sa tignasse blonde attachée en queue de cheval et son apparence posée, il est difficile de croire qu’il pu transporter plus de 10 tonnes de cocaïne entre la Colombie et les Etats-Unis. Tout comme il est difficile de croire que l’extravagant Roberts a pu importer pour plus de deux milliards de dollars de drogue pour le compte du cartel de Medellín.
Tout le film est du même tonneau : difficile à croire et fascinant. A plus d’un titre. Le cinéphile y trouvera son compte, pouvant faire le parallèle entre la réalité décrite ici et les histoires qui en sont nées grâce entre autres au travail de scénariste d’Oliver Stone pour De Palma dans un Scarface qui ne semble plus si exagérément violent. Les autres ne pourront qu’être fascinés par cette galerie de personnages tous plus déjantés les uns que les autres. A ce titre, la troisième partie est paroxysmique puisqu’elle met en valeur l’influence de Griselda Blanco, chef d’un gang si puissant à Miami que lorsqu’elle décidera de partir pour Los Angeles en 1984, cela fera dégringoler le taux de criminalité de la ville de Floride. Ancienne prostituée de Medellín, celle qui sera surnommée La Veuve noire est décrite par Rivi, son fidèle homme de main comme une femme que la mort n’effraie pas, bien au contraire, un femme capable de lancer un contrat pour un regard de travers.

Outre ces témoignages aussi fascinants qu’effrayants, Cocaine Cowboys présente la particularité d’être monté comme une série télévisée des années 1980. C’est un véritable déferlement d’images que propose Billy Corben, à un point qu’il est parfois difficile de suivre le rythme. A cela s’ajoute une bande-son signé Jan Hammer, soit le même homme qui a composé le générique de Miami Vice, ce qui a pour effet de plonger le spectateur directement dans les sombres et folles années 1980. On en ressort épuisés mais heureux, comme une euphorie compressée par la cocaïne, malgré le côté documentaire de télévision qui est peu agréable et les maux de tête qui sont à redouter.
Morgan Le Moullac
Cocaine Cowboys
Sortie le 25 février 2009
Documentaire, Etats-Unis, 1h56, 2007
Réalisé par Billy Corben
Produit par Alfred Spellman
Photographie de Armando Salas
Musique de Jan Hammer
Avec : Jon Roberts, Mickey Munday, Jorge "Rivi" Ayala

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