Une scène d’ouverture pas loin d’être géniale, quelques plans d’anthologie, des personnages caricaturaux mais en relief, un scénario efficace, des caméos à la pelle et des zombies plus dégueu que jamais. Oh oh ! J’ai cru voir un Romero ! Mais oui, c’est bien lui ! Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il nous revient en forme. Après un Land of the Dead (2005) à gros budget, le maître a décidé de revenir à la recette de La Nuit des Morts-Vivants (1968), à savoir un casting anonyme, un peu d’amateurisme (simulé ici), une bonne dose d’humour noir et de pessimisme éclairé. Attention, c’est chaud !

« Je veux vous raconter la vérité et vous faire peur », explique Jason Creed au début de Diary of the Dead, après avoir décidé de filmer en direct l’invasion de la planète par des morts-vivants. Derrière l’étudiant en cinéma potache qui intitule son film « Dead of the Dead » se cache bien sûr le réalisateur George Romero, docteur ès Zombies, qui revient quarante ans après la fameuse Nuit des Morts-Vivants aux sources d’un genre auquel il a contribué à donner ses lettres de noblesse. Depuis ce premier coup d’éclat, Romero n’a eu de cesse de faire de ses films d’horreur des échos critiques de leur temps. Cinéaste en colère, il fustige l’intolérance et le racisme dans La Nuit des Morts-Vivants, le consumérisme de masse dans Zombie (1983), le pouvoir militaire dans Le Jour des Morts-Vivants (1986), ou encore la société machiste dans Season of the Witch (1873). Dans Diary of the Dead, Romero s’attaque cette fois-ci aux médias, trompeurs, voire manipulateurs.
Voilà pour la vérité. Pour ce qui est de faire peur, les morts-vivants s’en chargent. Car Diary of the Dead est avant tout un film d’horreur, un vrai et un bon, même si nombre de séquence sont ponctuées d’humour et si, comme toujours chez Romero, un mort-vivant est moins un monstre qu’un étalon pour mesurer le degré d’humanité des survivants.
Comme Redacted de Brian De Palma, Romero adopte pour son dernier film la révolution numérique. Les aventures de Jason Creed et de ses amis universitaires, avec qui il tournait un film de zombie au moment même du réveil des morts, sont filmées en vue subjective à laquelle s’ajoute diverses sources vidéo, principalement issues d’Internet. La science du plan simple et efficace de Romero mêlé au postulat de départ faisant du caméraman de Diary of the Dead un étudiant en cinéma rendent le dispositif filmique tout à fait crédible : jamais on ne se demande pourquoi diable ce type continue de filmer le monstre qui lui dévore le foie…

L’efficacité et la réussite de ce film tient aussi à son scénario simple mais pas simpliste. Les étudiants vont devoir aller d’un point A, l’université, à un point B inconnu, mais le plus éloigné possible des morts-vivants. Entre les deux points, une multitude de voies s’offriront à eux, essentiellement des voies sans issues, bloquées par la masse des chairs décomposées. L’occasion est bonne pour développer à nouveau les thèmes chers à Romero, à savoir la dégradation des rapports humains dans les situations extrêmes qui font des hommes des êtres parfois plus dangereux que les zombies même, la destruction de la cellule familiale, la critique de l’armée… Comme dans tous ses films de zombies, Romero pose la question du choix entre l’ouverture et l’enfermement, le dehors et le dedans, le dedans signifiant toujours le piège et la mort.
A ces thèmes récurrents s’ajoutent donc une critique en règle des médias. Manipulation de l’image d’information (voir l’apparition progressive d’une mise en scène de l’action par Jason Creed), éthique déformée (analogie entre l’arme et la caméra, « trop faciles à utiliser » selon un des personnages) et dissolution de l’info dans la profusion des sources et des points de vue. Dans Diary of the Dead, les médias se font autant exploser la tête que les zombies. Mesdames et messieurs, bonsoir !
Morgan Le Moullac
Diary of the Dead - Chroniques des morts-vivants
Horreur, Etats-Unis, 1h35, 2007
Ecrit et réalisé par George A. Romero
Produit par Peter Grunwald, Artur Spigel, Sam Engelbardt, Ara Katz
Photographie de Adam Swica CSC
Montage de Michael Doherty
Musique originale de Norman Orenstein
Effets speciaux de Spin
Distribué par Bac Films
Avec : Michelle Morgan, Josh Close, Shawn Roberts, Amy Lalonde, Joe Dinicol, Scott Wentworth, Philip Riccio, Chris Violette, Tatiana Maslany

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