Cinéma

Harvey Milk : un écho du passé


Fresque historique sur un personnage mythique de l’histoire américaine, Harvey Milk n’oublie jamais l’homme, drôle et tendre, mais se focalise sur son combat, nécessaire et acharné. Un grand Sean Penn, un Gus Van Sant grand public pour un film passionnant, écho engagé du passé.

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Le 27 novembre 1978, Harvey Milk, premier homme politique américain ouvertement gay à avoir été élu à des fonctions officielles, est assassiné à San Francisco ainsi que le maire Moscone par Dan White. Trente ans plus tard, Gus Van Sant réalise le biopic éponyme et Sean Penn, qui a fait revivre Harvey Milk le temps d’un film, est récompensé d’un Oscar du Meilleur acteur mérité.

L’Histoire a parfois de ces échos qui laissent à penser que le monde tourne en rond. La figure de Harvey Milk était quelque peu tombée dans l’oubli, voire occultée, mais le film la fait résonner à nouveau avec talent, comme un écho magnifique et envoûtant d’un passé pas si lointain, pas si différent. La genèse de ce Harvey Milk rend la nécessité d’un tel film plus évidente encore. Gus Van Sant, que l’on peut soupçonner au vu de sa filmographie d’être tout particulièrement intéressé par les êtres en dehors de la norme, travaillait sur un scénario traitant de la vie de Harvey Milk quand il en reçut un autre signé Dustin Lance Black. Ce talentueux scénariste a été profondément touché par le documentaire qui avait déjà été consacré à l’homme politique et oscarisé en 1984. " Ce qu’il disait, c’était non seulement que nous ne faisions rien de mal, mais qu’en plus, nous pouvions accomplir de grandes choses, se rappelle-t-il. [...]C’est à ce moment là que je me suis dit qu’il fallait raconter à nouveau cette histoire, qu’on devait continuer à faire passer le message". Dont acte. Ce qui fait que ce film est comme un écho, c’est son caractère à la fois passé et présent, une impression qui traverse tout Harvey Milk et laisse à croire que son combat n’est pas terminé.

Gus Van Sant et son équipe ont reconstitué à merveille l’atmosphère des années 1970. A merveille, c’est peu dire tant la vision du réalisateur semble fantasmée, faisant du Castro - surnom du quartier gay de San Francisco où Harvey Milk et son ami de l’époque, Scott Smith (James Franco) s’installèrent en 1972 - un monde de conte de fée gouverné par un roi bienveillant et une cour fantasque ne cessant de s’agrandir. Les dialogues pétillent, les fêtes se multiplient, Milk est irrésistible, avec la complicité d’un Sean Penn encore une fois confondant, les plans s’étirent et le temps avec, laissant le personnage mûrir son activisme politique. D’un besoin de se distinguer individuellement va naître l’envie de défendre sa communauté collectivement, de là son introduction de discours préférée : "Je suis Harvey Milk et je viens vous mobiliser".

De mobilisations en mobilisations, Harvey Milk finit par être élu superviseur de la ville de San Francisco, l’équivalent de nos conseillers municipaux, en juin 1977. Il y fait la connaissance de Dan White (Josh Brolin), un collègue ex pompier, mi-faible, mi-réac avec qui il entretiendra des relations tendance montagnes Russes avec pour point culminant cette journée de novembre 1978 qui voit la mort brutale de Milk et le début de celle de son assassin, White, qui se suicidera en 1985. Cette tragédie a des explications politiques, White se vengeant du maire Moscone parce qu’il ne veut pas le réintégrer au sein du conseil et de Milk parce qu’il le tient pour responsable de ses déboires politiques. Mais Gus Van Sant et Dustin Lance Black ont eu l’intelligence d’ajouter avec finesse d’autres racines plus personnelles, suggérant une forme d’attirance presque physique de White pour Milk, dont le magnétisme déborde le cadre du simple charisme.

C’est ainsi que ce Harvey Milk se retrouve à dresser le portrait non pas d’un homme, mais de son combat, ce portrait se construisant parfois à l’aide de son contraire, tel ce Dan White coincé, renfermé en lui-même, hypocrite et le visage si figé qu’il ressemble à un masque. Grâce à l’interprétation de Sean Penn, Harvey Milk prend une dimension mythique, celle d’un martyr conscient de ses propres faiblesses mais n’hésitant pas à s’ériger en modèle quitte à être celui sur qui se crystallisera la haine. De là cette impression que Milk ne s’appartient déjà plus, en arrivant au Castro, d’où le passage au second plan de ses histoires de couples qui ne font qu’humaniser un personnage surhumain. Témoin de sa personnalité extraordinaire, une capacité à anticiper l’avenir, quand il enregistre des cassettes audio au cas où il se ferait assassiner, disant cette phrase restée célèbre : "If a bullet should enter my brain, let that bullet destroy every closet door" (Si une balle devait pénétrer mon cerveau, laissez-la détruire toutes les portes de placard).

Cette obsession, cette volonté de ne pas laisser les esprits s’emprisonner, Gus Van Sant en a fait un film à la fois épique et intimiste, touchant, drôle et intelligent comme son personnage principal. Sean Penn y est superbe et magnétique, et bien entouré par un casting de choix qui de Josh Brolin à James Franco se laisse apprécier sans réserve. Reste à savoir si le film aura le même impact que l’homme, au moment où le mariage gay, un temps autorisé en Californie, vient d’être de nouveau interdit suite à un référendum populaire.

Morgan Le Moullac

Harvey Milk

- Sortie le 4 mars 2009
- Biopic, Etats-Unis, 2h07, 2008
- Réalisé par Gus Van Sant, scénario de Dustin Lance Black
- Produit par Michael London, Bruce Cohen, Dan Jinks
- Photographie de Harris Savides
- Musique de Danny Elfman
- Montage de Gus Van Sant, Elliot Graham
- Décors de Bill Groom
- Costumes de Danny Glicker
- Avec : Sean Penn, Josh Brolin, Emile Hirsch, James Franco, Victor Garber, Douglas Smith, Diego Luna, Brandon Boyce, Kelvin Yu, Lucas Grabeel, Alison Pill


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samedi 28 février 2009
 
 
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