Quand la France s’attaque au cinéma de genre, il faut s’attendre à être déçu, surtout lorsqu’il s’agit du genre horrifique. Trop snob pour faire peur, les français ? Il faut le croire, puisque le seul faiseur un tant soit peu calé dans l’art de faire frissonner, Alexandre Aja, s’est vite réfugié au pays de l’oncle Leatherface (la face de chiffon de Massacre à la tronçonneuse).
Avec Humains, Jacques-Olivier Molon et Pierre-Olivier Thévenin tentent une nouvelle percée tricolore dans la mêlée des films d’horreur. Le constat est simple : ils devront se prendre encore quelques raffuts avant de pouvoir prétendre rivaliser avec de petites perles du genre comme le récent The Descent.
La comparaison est facile puisqu’elle associe deux films qui racontent l’histoire de deux groupes d’humains confrontés à un groupe de monstres dans un environnement hostile. Mais la comparaison s’arrête ici. Quand The Descent explorait habilement l’obscurité et toutes les peurs liées à l’enfermement et la rencontre de l’inconnu, Humains se contente de mettre face à face de façon incroyablement plate les gentils civilisés et les méchants sauvages.
L’argument d’humains est à la fois complexe et inutile. Une petite expédition composée d’un vieil anthropologue rejeté par ses pairs (Philippe Nahon, qui disparaît trop vite dans le film), son fils râleur (Lorant Deutsch, qui ne se renouvellera peut-être jamais) et sa protégée (Sara Forestier, noyée dans la médiocrité du film), rencontre une famille de touristes en plein conflit dont Dominique Pinon fait figure de patriarche un brin coincé. Partis à la recherche de traces récentes prouvant la survivance d’une espèce humaine se cachant depuis des millions d’années dans une vallée perdue de la Suisse profonde, le groupe d’anthropologues et leurs compagnons d’infortune feront la connaissance d’une marchandise moins avariée que prévu...

Commencé sur une tonalité pseudo-scientifique à la façon de séries comme Les Experts ou Bones, le film a rapidement la bonne idée - ce sera la seule - de changer de cap pour aborder des thèmes liés aux superstition et aux rites locaux. Pour le reste, Humains navigue entre le franchement ridicule et le grossièrement grotesque.
Pour commencer, les réalisateurs n’ont manifestement pas intégré les codes du genre horrifique, des codes, qui pour pouvoir être transgressés, doivent d’abord être pleinement maîtrisés. Ce qui n’est pas le cas dans ce film qui confond trop souvent "codes" et "modes". Des films comme Rec ou Diary of the Dead ont su jouer sur les possibilités offertes en matière d’horreur par l’utilisation de la caméra subjective. Hop hop : les réalisateurs décident d’en mettre une entre les mains de la fille des touristes, mais ne parviennent pas à s’en servir convenablement et à l’intégrer dans la narration. Qu’à cela ne tienne : la caméra s’envole quelques minutes plus tard et restera comme une autre tentative manquée du film.
Ensuite, si certains films d’horreur ont trop joué sur le second degré pour ne pas en galvauder toutes les bonnes idées, la distanciation ironique ou même un simple lever de sourcil complice suffit parfois à graisser des rouages trop grossiers de films trop sérieux. A force de vouloir faire peur à tout prix, les réalisateurs s’épuisent à essayer toutes sortes de choses, sans les réussir, comme s’ils étaient à contre-temps et dans la mauvaise tonalité, et le spectateur, lui, il s’ennuie mortellement. Et le second degré, qui aurait pu sauver le film du naufrage, finit de l’achever à coups de rires désabusés quand les monstres sont révélés ainsi que leurs plans aussi diaboliques que ridicules. L’horreur française, encore une fois, n’a fait peur qu’au bon goût.
Morgan Le Moullac
Humains
Sortie le 22 avril 2009
Horreur, France, Luxembourg, Suisse, 1h27, 2008
Réalisé par Jacques-Olivier Molon et Pierre-Olivier Thévenin, scénario de Dominique Néraud, Jean-Armand Bougrelle, Frédérique Henri, Sylvain Boris Schmid
Produit par Vérane Frédiani, Franck Ribière
Photographie de Aleksander Kaufmann
Musique de Gast WaltzingMichel Brunnet
Décors de Christina Schaffer
Costumes de Uli Simon
Avec : Sara Forestier, Lorànt Deutsch, Dominique Pinon, Philippe Nahon, Elise Otzenberger, Manon Tournier

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