Cinéma

La Boîte de Pandore : droit de mémoire


Une chronique familiale à l’humour amer et tendre sur fond de maladie d’Alzheimer. Tsilla Chelton impose une nouvelle fois son grand talent d’actrice dans un film sensible qui prouve que le cinéma turque actuel ne se réduit pas à Fatih Akin ou Nuri Bilge Ceylan.

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Il y a près de vingt ans déjà, Tsilla Chelton incarnait une tatie Danielle délicieusement acariâtre et méchante dans la comédie éponyme d’Étienne Chatillez. Nusret, son personnage dans La Boîte de Pandore de Yesim Ustaoglu pourrait être l’extension de celui de Chatillez, version doux-(Alz)amer.

Dans la mythologie grecque, la boîte de Pandore était une jarre renfermant tous les maux de l’humanité. Le quatrième film de la réalisatrice turque réutilise ce mythe pour faire d’une petite mamie chétive et perdue le détonateur d’une implosion familiale. Nesrin, est une femme au foyer à l’imposante crinière rousse, bien mariée, rigide - pour rester correct - et mère de Murat, un adolescent qui n’a de cesse de se rebeller contre l’autorité parentale. Guzin, sa sœur, est une journaliste célibataire vivant une histoire d’amour à sens unique avec un homme qui ne la respecte pas. Enfin Mehmet, leur frère, est un trentenaire paumé qui passe son temps à fumer des joints dans le taudis qui lui sert d’appartement. Longtemps séparés, tous les trois vont devoir à nouveau se faire face à l’occasion de la disparition de leur mère, Nusret, dans les montagnes turques qu’elle habite seule. Lorsqu’ils la retrouvent finalement, le diagnostique est aussi clair que brutal : c’est un Alzheimer. Les trois frères et sœurs vont alors tour à tour se repasser la vieille femme qui semble leur brûler les doigts comme une patate chaude.

La boîte de Pandore est ouverte, et celle-ci est paradoxale : d’un vide, Alzheimer ou la disparition des souvenirs, naît un plein, des rancœurs longtemps enfouies et aussi des liens qui se nouent à nouveau. Gaffeuse, imprévisible et totalement libre de ton, Nusret va en faire voir de toutes les couleurs à ses enfants, un peu comme une version troisième-âge des Quatre-cent coups. Par ses réflexions acerbes et pleines d’à propos, Nusret va peu à peu faire ressurgir tous les petits ou grands conflits qui pouvaient larver au sein d’une fratrie composée d’éléments aussi disparates. D’un mal naîtra un bien puisque la communication peu à peu va se rétablir entre frères et sœurs, entre mère et fils et la boîte de Pandore, ouverte et vidée, se remplira de souvenirs nouveaux ou régénérés.

L’ombre de Kiarostami surgit parfois quand Yesim Ustaoglu filme avec poésie les rues d’Istanbul et ses gamins courant partout, mais le plus souvent, c’est dans la chronique familiale que verse La Boîte de Pandore, une chronique juste et tendre qui vaut beaucoup pour la qualité de l’interprétation des acteurs, Tsilla Chelton en tête, tantôt émouvante, tantôt drôle et tatie-Danièlesque. De très belles scènes ouvrent et clôturent le film, montrant Nusret perdue dans les belles montagnes turques, des montagnes qui épousent à ce point les reliefs de son âme qu’elle craint plus que tout de les oublier... et de se perdre elle-même dans un même mouvement.

Morgan Le Moullac

La Boîte de Pandore

- Sortie le 28 avril 2009
- Drame, Turquie, France, Belgique,Allemagne, 1h52, 2008
- Ecrit et réalisé par Yesim Ustaoglu
- Photographie de Jacques Besse
- Montage de Franck Nakache
- Avec : Tsilla Chelton, Ovul Avkiran, Tayfun Bademsoy, Derya Alabora, Osman Sonant, Onur Unsal


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mardi 28 avril 2009
 
 
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