Cinéma

La Première Etoile : "Pa ni pwoblèm", ça glisse


La Première Etoile est une comédie attachante et très drôle, servi par un casting de haut niveau et une volonté du réalisateur Lucien Jean-Baptiste de ne jamais forcer le trait au détriment de ses personnages. Un film chaleureux à faire fondre le Mont-Blanc.

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Sur les pistes de ski comme sur un plateau de tournage, passer sa première étoile revient à se lancer de très haut pour essayer d’atterrir sur ses deux pieds. Adopter une comédie pour ses débuts en tant que réalisateur, comme l’a fait Lucien Jean-Baptiste, revient simplement à choisir une piste noire comme première épreuve.

Dès son générique, le film annonce la couleur : une succession d’images des îles, mer, sable et cocotiers, sur une musique zouk. Un générique trompeur, puisque l’action du film prendra place entre Créteil et une station de ski en pleine Savoie, sur une belle musique symphonique composée par Erwann Kermorvant. Comme si Lucien Jean-Baptiste avait décidé d’évacuer les clichés les plus grossiers dès le départ, afin de partir du bon pied, les skis bien parallèles.

L’histoire de La Première Etoile était propice aux chutes à effets boule de neige. En filmant et jouant une famille de blacks fauchés au pays de la tomme et du vin chaud, Lucien Jean-Baptiste devait bien se douter que les obstacles seraient nombreux à se dresser sur sa route, mais en filant à toute vitesse sur la piste, il est parvenu à zigzager entre les clichés avec une dextérité encourageante. Plutôt que de parler de clichés ici, il faudrait parler de caricatures, celle du père de famille antillais (Lucien Jean-Baptiste) passant sa vie à jouer au PMU avec ses amis solides et liquides, celle de la grand-mère exubérante (Firmine Richard) exhortant les uns et les autres à la prière pour un rien, celle enfin de la propriétaire savoyarde (Bernadette Lafont) qui trouve que le noir est salissant, surtout sur la neige.

De ces trois personnages caricaturaux, le réalisateur et sa co-scénariste auront l’habileté d’en extraire le jus comique sans les presser excessivement, sans les juger ni s’en moquer. Lucien Jean-Baptiste aura également eu la chance et suffisamment de pouvoir de persuasion pour obtenir une distribution trois étoiles, Firmine Richard faisant le show, Bernadette Lafont assumant le rôle de repoussoir avec humanité et délicatesse, en compagnie d’un Michel Jonasz bonhomme et sympathique, et Anne Consigny, qui prouve encore une fois son aisance à jouer dans tous les registres, interprétant avec justesse le rôle de la mère de famille fatiguée mais aimante.

Autour de ces cadres, des nouveautés et des confirmations. Au rayon des petits nouveaux, Jimmy Woha Woha, Ludovic François et Loreyna Colombo jouent les enfants du couple Jean-Baptiste-Consigny avec beaucoup de maturité et de naturel. Edouard Montoute, qui a le chic pour se retrouver habillé n’importe comment, est fidèle à son humour décalé, et Gilles Benizio, en grand artiste de cabaret, n’hésite pas à incarner trois personnages à la fois, avec autant de talent.

On l’aura compris, le casting de cette Première Etoile est l’un de ses plus gros atouts. Il ne comporte pas la moindre faute de goût et apporte un dynamisme, une fraîcheur et une justesse de jeu qui font de ce film la meilleure comédie française de ce début d’année. Au niveau de la réalisation, Lucien Jean-Baptiste remporte sa première étoile sans contestation. Parfois fébrile sur ses jambes, il tient toutefois son film du début à la fin avec une certaine assurance qui lui permet notamment d’éviter de faire un remake antillais des Bronzés font du ski, même s’il fait référence au film de Patrice Leconte à une ou deux reprises. Toujours dans le bon rythme, tendre, drôle et pas prise de tête pour deux sous, La Première Etoile est une vraie belle surprise qu’il serait dommage de manquer.

Morgan Le Moullac

La Première Etoile

- Sortie le 25 mars 2009
- Comédie, France, 1h30, 2008
- Réalisé par Lucien Jean-Baptiste, scénario de Lucien Jean-Baptiste, Marie-Castille Mention-Schaar
- Produit par Marie-Castille Mention-Schaar, Pierre Kubel
- Photographie de Myriam Vinocour
- Musique de Erwann Kermorvant
- Montage de Hachdé
- Décors de Hérald Najar
- Costumes de Laurence Benoît
- Avec : Lucien Jean-Baptiste, Anne Consigny, Firmine Richard, Michel Jonasz, Bernadette Lafont, Jimmy Woha Woha, Ludovic François, Loreyna Colombo, Gilles Benizio, Astrid Berges-Frisbey, Edouard Montoute


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jeudi 19 mars 2009
 
 
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