Harvey Shine (Hoffman) vit à New-York où il compose des jingles publicitaires. Sa carrière touche vers sa fin quand son patron lui fait comprendre qu’il a fait son temps. Devant se rendre à Londres pour le mariage de sa fille, il décide de n’y faire qu’un saut avant de revenir le lundi matin pour une réunion très importante. Quand il arrive à Londres et qu’on voit que sa famille lui a réservé une chambre dans un hôtel un peu sinistre, quand tous les invités sont dans une grande propriété à faire la fête, on comprend qu’on n’assistera pas à des retrouvailles enthousiastes. Mal à l’aise au moment de croiser fille et ex-femme, maladroit dans ses propos : ce pauvre Harvey nous fait de la peine. Encore plus quand sa fille lui annonce qu’elle a choisi son beau-père pour l’entrée dans l’église. Le voilà donc avec un travail qui l’ennuie et une famille pour qui il est un étranger. La déprime guette. Et puis, comme dans toute bonne comédie romantique qui se respecte, c’est lorsque tout semble perdu que l’amour survient. Noyant son chagrin dans l’alcool alors qu’il vient de manquer son avion, il croise Kate (Emma Thompson), qui travaille à l’aéroport. La quarantaine également, elle ne vit que pour ses cours d’écriture et est sous l’emprise de sa mère. Kate a fini de croire à l’amour depuis un bon moment.

Ce scénario simpliste est en fait totalement transcendé par le jeu de deux acteurs émérites. Les répliques fusent, mêlant un doux cynisme à un humour détonnant. Le choix d’un tournage sur les bords de la tamise s’avère une réussite et donne à voir un côté très fleur bleue de Londres. Les retrouvailles entre Hoffman et Thompson, quelques années après l’Incroyable Destin d’Harold Crick, font merveille. Elle est aussi grande et méfiante qu’il est petit et attachant. Chacun traîne ses casseroles, a vécu ses propres désillusions et on vit avec eux ce doute constant : est-ce qu’ils peuvent encore être heureux ? Mais rien de lourd ou de triste dans ce film qui garde de la gaieté grâce à une réalisation lumineuse où l’humour et le sourire ne sont jamais absents. La vulnérabilité des deux héros touche le spectateur en plein cœur. On suit donc leurs pérégrinations avec avidité avant de se rendre compte, à la fin, que tout est passé beaucoup trop vite. C’est aussi le seul regret : il y avait tellement de pistes lancés dans ce film et tellement de bon matériel grâce à d’excellents personnages secondaires, qu’il y a quand même l’impression que tout n’a pas été utilisé.
Ainsi, la mère de Kate (Eileen Atkins) n’a finalement que très peu de scènes et on le regrette compte-tenu du potentiel qu’il y avait dans cette relation entre cette fille et cette mère persuadée, entre autres, que son voisin est un tueur en série. Idem pour le nouveau mari de la femme de Harvey joué par James Brolin. Quand on tient ce genre d’acteur, il est dommage de ne lui faire jouer que quelques lignes. Idem pour Kathy Baker qui joue l’ex-femme et Liane Balaban qui joue sa fille. On se dit que le réalisateur a peut-être "manqué" quelques scènes hautes en couleur. Il reste qu’on passe un bon moment avec toute cette troupe, qu’on rit et qu’on est ému. On se dit aussi qu’on ne voit pas assez la grande classe d’Emma Thompson à l’écran ces derniers temps et que Dustin Hoffman est un acteur hors norme. On se dit enfin que les Américains tiennent bien le secret de ces comédies sentimentales qui font mouche à chaque fois en évitant le trop de guimauve. Tous les publics s’y retrouveront assurément dans cette histoire romantique certes plus adulte mais qui garde la fraîcheur et les espoirs naïfs des premiers amours.
Carole Bouchard
Last Chance for Love
Comédie, Etats-Unis, 1h33, 2008
Ecrit et réalisé par Joel Hopkins
Photographie de John De Borman
Produit par Tim Perell, Nicola Usborne
Musique de Dickon Hinchliffe
Costumes de Nathalie Ward
Décors de Jon Henson
Avec : Dustin Hoffman, Emma Thompson, Eileen Atkins, Liane Balaban, James Brolin, Kathy Baker

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