Cinéma

Le Temps qu’il reste : physique du souvenir


Fresque familiale drôle, poétique et tragique sur fond de conflit Israélo-Palestinien, Le Temps qu’il reste est un film magique et envoûtant à l’exceptionnelle mise en scène.

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Grand oublié du palmarès du dernier festival de Cannes, Elia Suleiman confirme pourtant avec Le Temps qu’il reste son statut de prétendant au titre de plus grand metteur en scène du cinéma contemporain.

Sept longues années séparent ce dernier long-métrage du précédent, le magnifique Intervention Divine. Sept ans de réflexion qui auront laissé le temps au réalisateur de peaufiner un scénario ambitieux visant à retracer l’histoire de sa famille au travers de saynètes situées entre 1948 et nos jours.

Le film est jalonné de quatre grandes dates marquant le conflit Israélo-Palestinien et la vie au Proche-Orient. La proclamation de l’Etat d’Israël, la mort de Nasser, la première Intifada, la mise en place du mur de séparation. Quatre dates-clé de l’Histoire récente qui deviennent dans Le Temps qu’il reste les voix off d’une reconstitution de la vie quotidienne des "Arabes-Israéliens", ces palestiniens restés sur leur terre natale après la création de l’Etat d’Israël. Ainsi Elia Suleiman divise-t-il l’Histoire en une succession d’instants de la vie quotidienne, des moments tour à tour burlesques et poétiques, drôles et tragiques qui ont marqué la vie de son père ou la sienne.

Cette compression du temps en saynètes et de l’Histoire en souvenirs est le symptôme du décalage apparemment irréductible entre la grande et la petite Histoire. Le film d’Elia Suleiman résorbe ce décalage : "le temps qu’il reste", c’est celui qu’il reste avant de pouvoir unifier les histoires grâce à son art. Autrement dit : le film d’Elia Suleiman est la réponse à sa propre question.

A cette temporalité historique qui constitue le cadre du film et dans une certaine mesure sa voix, le réalisateur a confronté une temporalité plus physique, née de la matérialisation de ses propres souvenirs ou de ceux de son père. C’est ici que son talent de metteur en scène prend tout son sens. Le silence de ces résistants palestiniens faits prisonniers dans un jardin magnifique doucement traversé par la brise, la chorégraphie de Fuad (excellent Saleh Bakri), le père d’Elia, quand il sauve à plusieurs reprises son voisin d’une combustion aussi spontanée que volontaire, la lenteur de ses gestes et sa douceur au quotidien, la composition de la scène qui voit le jeune Elia se faire gronder par son proviseur parce qu’il a qualifié les Etats-Unis d’Etat colonialiste... tout l’art d’Elia Suleiman est celui d’une redécouverte d’un temps révolu mais d’une temporalité et d’une tonalité encore vivaces et par là, modelables.

Entre la madeleine de Proust et le burlesque à la Jacques Tati, Elia Suleiman accomplit le double exploit de réaliser un film profond et très ambitieux sur la physique du temps et de parvenir à en faire un divertissement poétique et drôle, loin de l’essai philosophique aride. Un des plus grands films de l’année assurément.

Morgan Le Moullac

Le Temps qu’il reste

- Sortie le 12 août 2009
- Drame, France, Palestine, 1h45, 2009
- Ecrit et réalisé par Elia Suleiman
- Produit par Michael Gentile, Elia Suleiman, Hani Farsi
- Photographie de Marc-André Batigne
- Décors de Sharif Waked
- Costumes de Judy Shrewsbury
- Montage de Véronique Lange
- Avec : Elia Suleiman, Saleh Bakri, Samar Qudha Tanus, Shafika Bajjali, Tarek Qubti, Zuhair Abu Hanna, Ayman Espanioli


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mardi 11 août 2009
 
 
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