Cinéma

Le western


Big City, le wetern de Djamel Bensalah dans lequel il n’y a (presque) que des enfants est en salles, après L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford d’Andrew Dominik et avant 3:10 to Yuma par James Mangold avec Christian Bale et Russell Crowe. Le western opère un retour en force : c’est l’occasion d’en savoir un peu plus sur ce genre.

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Au cinéma

Le genre du Western apparaît dès les débuts du cinéma avec des œuvres de grands réalisateurs tels que Cecil B. DeMille qui réalise The Virginians en 1914. Mais l’age d’or du Western se situe plus tard, entre 1930 et 1960. La majorité des western américains sont réalisés durant cette période, aussi bien par des cinéastes de série B comme Samuel Fuller avec J’ai Tué Jesse James (1948) que par des réalisateurs tels que Fritz Lang pour L’Ange des maudits en 1952 ou Howard Hawks avec Rio Bravo (1959).

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John Wayne dans Rio Bravo

Robert Aldrich, Nicholas Ray, Raoul Walsh viennent s’ajouter à la liste des réalisateurs de films d’un genre qui est alors en pleine expansion. Les Western peuvent aussi bien être des comédies, des polars, que des films historiques. Le dénominateur commun entre ces films est leur cadre spatio-temporel que l’on peut situer approximativement aux territoires occupés par les pionniers américains le long de la frontière mexicaine, durant le XIXe siècle.

A partir des années 1960, le genre plaît moins aux Etats-Unis et la production de nouveaux Westerns ralentit. C’est d’Italie que viendra le salut avec l’apparition du Western-spaghetti. Plus qu’un genre nouveau, le Western-spaghetti est une façon nouvelle de traiter le Western : les situations sont très théâtralisées, les personnages principaux ne sont plus des héros sans failles, mais des brutes au caractère marqué et la quête d’un butin est leur objectif principal. Le trio Sergio Leone (réalisation), Clint Eastwood (acteur), Enio Morricone (compositeur), est le plus marquant de cette époque, avec des films comme Le bon, la brute et le truand (1968).

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Clint Eastwood dans Le Bon, la Brute et le truand

Ce détour du Western par l’Europe renouvelle le genre aux Etats-Unis. Robert Aldrich et Sam Peckinpah notamment relancent l’intérêt du public pour le Western. Ils réalisent des films au regard plus critique sur l’époque des pionniers et à la violence plus exacerbée. La Horde sauvage de Sam Peckinpah en 1969 restera comme un des monuments du genre (voir la vidéo plus bas). Danse avec les Loups de Kevin Costner en 1990 et Impitoyable de Clint Eastwood en 1992 rencontrent le succès critique et public, poursuivant ainsi l’histoire du Western au cinéma.


Les indiens

Les Indiens s’opposent aux cow-boys. Que ce soit dans les cours de récréation ou dans les salles de cinéma, les Indiens sont toujours en guerre. Ce qui change, parfois, c’est le point de vue adopté. A l’école, les Indiens ont parfois le mauvais rôle, parfois le bon ; il en est de même dans les films. Au cinéma, un certain nombre de westerns donnent des Indiens l’image d’un peuple primitif, violent voire cruel. De l’autre côté, un héros blanc se charge de faire justice, souvent au dépend de tribus indiennes. Ces films diffusant une vision blanche de l’Amérique sont souvent accusés d’être manichéens.

Mais dans l’histoire du cinéma, les films les plus intéressants sont ceux dont le point de vue est plus humaniste. De nombreux films tentent de montrer et d’expliquer les difficultés du peuple indien face à l’expansion colonisatrice des pionniers. Contrairement aux idées reçues, les premiers films défendant la cause des Indiens sont apparus dès le début du cinéma à Hollywood. George B. Seitz dans La Race qui meurt en 1925 raconte comment un chef indien part en Europe combattre durant la première Guerre Mondiale puis rentre en Amérique où ses terres ont été confisquées par les blancs. Sa révolte personnelle est l’expression de celle de tout un peuple, condamné à disparaître ou à s’adapter au mode de vie des pionniers.

En 1950, Anthony Mann réalise La Porte du diable dans lequel un chef indien et une femme blanche tombent amoureux. Le film rencontre peu de succès dans un contexte social où les mélanges entre les ethnies sont encore difficilement acceptés. En 1960, Le Vent de la Plaine de John Huston raconte l’histoire d’une jeune indienne recueillie et adoptée par des Blancs. Dix ans plus tard, Arthur Penn avec Little Big Man va même plus loin en inversant les clichés concernant l’opposition entre les Indiens et les cow-boys, ces derniers devenant des brutes cruelles persécutant les Indiens.

John Ford a souvent été accusé de répandre une vision manichéenne de la conquête du territoire américain. Dans certains de ses films, les Indiens ne sont que des obstacles qui se dressent face aux pionniers. Mais à l’image de son dernier western, Les Cheyennes sorti en 1964, John Ford peut aussi faire preuve d’humanisme et même prendre parti pour les Indiens. Dans La Prisonnière du désert (voi vidéo plus bas) du même réalisateur, les Indiens sont représentés comme des êtres cruels et rusés. Ils n’hésitent pas à incendier une ferme et massacrer ses habitants. Les femmes blanches qui ont été enlevées par les indiens puis libérées sont toutes devenues folles. Dans le même temps, le personnage joué par John Wayne, Ethan, n’est pas un héros ordinaire. Il est colérique, cruel, raciste et son passé est trouble. La solution que propose John Ford est l’acceptation des différences et des choix de l’autre. Ethan, au début du film, se méfie de Martin Pawley qui a du sang indien. Devant le courage et la générosité de Martin, Ethan finit par se réconcilier avec lui. De même pour Debbie qu’Ethan voudra tuer en voyant qu’elle est devenue une des femmes du chef indien. Ethan finira par la porter dans ses bras comme lorsqu’elle était petite, et la pardonner.


La conquête de l’ouest

En 1823 le président américain James Monroe instaure la " doctrine Monroe " : le territoire américain doit se libérer de la tutelle européenne. L’Oregon est acheté aux anglais, l’Alaska à la Russie. 1948 voit les américains remporter la guerre contre les mexicains. Ces derniers perdent la moitié de leur territoire, la Californie et le Texas, au profit des américains. Parallèlement, de multiples batailles, expéditions et offensives opposent les américains aux tribus indiennes, depuis 1637 et la Guerre des Pequots jusqu’en 1878 et la Guerre des Bannocks. Une multitude de colons américains investissent les nouveaux territoires et s’y implantent en conformité avec l’idéologie de la Destinée Manifeste selon laquelle l’expansion de la démocratie vers l’ouest et la formation d’un territoire uni est une mission divine.

La pression démographique à l’est du pays et La Ruée vers l’Or dans la seconde moitié du XIXe siècle augmente l’afflux de colons dans des territoires encore sauvages. Ils sont aidés en cela par la révolution des transports. Le train permet progressivement de lier les deux côtes du territoire américain. Les pistes de l’Oregon et de la Californie précèdent la création du premier chemin de fer transcontinental le 10 mai 1869. Le Pony Express qui permettait d’acheminer le courrier à dos de cheval est rapidement supplanté par le télégraphe transcontinental qui lie de façon instantanée l’est à l’ouest.

La majorité des westerns ont comme thématique la notion de frontière. Celle-ci peut être de plusieurs ordres. Il y a celle qui sépare les différends territoires des indiens et des colons, celle qui se situe entre la civilisation et la sauvagerie, et celle qui marque la fin des terres régies par la Loi et le début du Far West. La frontière en elle-même peut être naturelle (chaîne de montagnes, rivières), politique (séparation entre deux territoires), culturelle (séparation entre deux zones pratiquant une langue, une religion différente...). Au XIXe siècle, la frontière entre les peuplades indigènes et les américains ne cesse d’être repoussée vers l’ouest ou le Nord. Cela explique la mentalité des pionniers américains, une mentalité de colons pour qui la conquête de nouveaux territoires fut si difficile qu’ils n’imaginent pas la quitter un jour même s’ils doivent se battre contre les indiens.