A en croire les scénarios du mexicain Guillermo Arriaga, l’amour est une chose à laquelle il vaut mieux ne pas se frotter, sauf si l’on est prêt à enterrer un cadavre ou deux. Depuis Amours Chiennes, 21 Grammes et Babel de son ex-comparse Alejandro Gonzales Inarritu et leur cortège de couples divorcés, de familles séparés et de vies brisés, Arriaga a pu parfaire une technique d’écriture qui est sa marque de fabrique. Arriaga aime à peindre le couple dans tous ses états et à toutes les générations et il s’y attache en prenant soin d’enchevêtrer les histoires entre elles, de faire se rencontrer les personnages au gré du hasard ou du destin. Avec lui, la règle des trois unités, de temps, de lieu et d’action, n’a aucun sens, seule l’unité de lieu - souvent le Mexique ou le Nouveau-Mexique - étant à peu près respectée.

L’histoire de Loin de la Terre brûlée n’échappe pas à la règle. Elle superpose deux temporalités qui voient une mère de famille (Kim Basinger) et une jeune femme célibataire (Charlize Theron) vivre leurs amours complexes à quinze ans d’intervalle. La mère, Gina, vit une relation extra-conjugale marquée par le remords de tromper sa famille qu’elle aime sincèrement et le besoin de se sentir femme à nouveau après un cancer de la poitrine. La jeune femme, Sylvia, est une patronne de restaurant enchaînant les conquêtes sans passion, juste pour se punir. Le lien entre ces deux femmes se fera de plus en plus étroit et leurs destins s’entremêleront avec une logique tellement implacable que l’issue en deviendra évidente assez - trop - rapidement.
De là ressort cette impression que la complexité de l’intrigue n’est pas le reflet d’une écriture particulièrement précise explorant les sinueuses personnalités de ses personnages, mais l’effet artificiel d’une construction inutilement alambiquée. Un peu comme une phrase qui semble profonde à première vue, mais qui n’est en fait que mal écrite... En juxtaposant les temporalités, Arriaga veut sans doute mettre en relation deux personnages qui ne pourraient pas se rencontrer aussi frontalement en dehors d’une telle construction. Mais le procédé est grossier et il serait aussi cliché même si Arriaga n’en avait pas fait l’argument principal de la plupart de ses scénarios. Autrement dit, l’effet de Loin de la Terre brûlée est gâché par les films précédents du scénariste, signe d’un cycle qui se clôt un peu tardivement.

Mais pour son premier film en tant que réalisateur, Arriaga aurait pu se planter complètement. D’où peut-être un scénario dans la continuité des précédents, pour éviter les risques. La réalisation est parfois maladroite sans être rédhibitoire : pas de risque là encore. La réussite d’Arriaga réside dans la direction des acteurs. En prenant Charlize Theron comme tête de proue, on ne peut pas dire non plus qu’il bravait les cieux. Comme attendu, l’actrice Sud-Africaine apporte au film toute l’intensité et la dureté de son jeu. Les surprises se situent au niveau des deux autres actrices principales. La première, Kim Basinger, a rarement été aussi émouvante et crédible, sauf peut-être dans L.A Confidential de Curtis Hanson. La seconde, Jennifer Lawrence, dont c’est le premier véritable rôle, est LA révélation du film. Jouant le rôle de Sylvia adolescente dans les segments consacrés à Gina, la jeune actrice impose déjà une présence étonnante devant la caméra et une maturité dans son jeu qui crédibilise à elles seules l’ensemble du film, sa personnalité faisant le lien avec celle de Sylvia adulte. Ce beau trio d’actrices éclipse totalement les rares rôles masculins, seule originalité d’un film qui en manque cruellement.
Morgan Le Moullac
Loin de la Terre brûlée
Sortie le 11 mars 2009
Drame, Etats-Unis, 1h48, 2008
Ecrit et réalisé par Guillermo Arriaga
Produit par Walter Parkes, Laurie MacDonald
Photographie de Robert Elswit, John Toll
Musique de Hans Zimmer, Omar Rodriguez Lopez
Montage de Craig Wood
Décors de Dan Leigh
Costumes de Cindy Evans
Avec : Charlize Theron, Kim Basinger, Jennifer Lawrence, Joaquim de Almeida, Tessa Ia, Diego J. Torres, Danny Pino

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