Cinéma

Mademoiselle Chambon : l’amour porteur


Infiniment délicat, le dernier film de Stéphane Brizé raconte un amour qui se trouve sans le vouloir et qui se cherche à tâtons. La lumière douce et les plans caressants mettent en valeur deux belles performances d’acteurs.

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Pour son quatrième long-métrage, Stéphane Brizé retrouve la scénariste Florence Vignon avec qui il avait co-écrit son premier film, Le Bleu des Villes. Ce duo de plumes délicates ont planché cette fois sur un roman d’Eric Holder au titre évocateur, Mademoiselle Chambon.

Ce patronyme qui fleure bon la douceur et la simplicité, c’est une jeune institutrice de province (Sandrine Kiberlain) qui le porte. Amoureuse de la grande musique autant que des belles lettres, elle joue du violon entre deux corrections de devoirs, ou fait semblant d’en jouer en classe, quand elle se croit seule. C’est à cet instant d’une simplicité plus universelle que commune, lorsque la caméra se pose sur cette femme à la beauté rayonnante, baignée par le soleil qui passe à travers les vitres de la classe, assise sur une table et pleinement concentrée sur ses accords de violon imaginaire, que Jean (Vincent Lindon), parent d’élève, entre dans sa vie.

Taiseux, viril et aimant, Jean est un maçon dont les préoccupations concernant la langue se bornent à essayer de trouver ce que peut bien être un COD pour le devoir de son fils. Tout pourrait opposer la délicate Chambon et l’épais Jean, sauf que le réalisateur Stéphane Brizé ne cherche jamais à les confronter. L’important ici n’est pas le savoir, mais le ressentir. Et en tombant amoureux de la jolie institutrice, Jean tombe aussi amoureux de son violon. La musique sera pour eux comme un guide amenant leurs sentiments à se découvrir et se sublimer...

Tout en douceur. Car Stéphane Brizé ne filme pas ici une passion déchaînée, mais une séduction toute en retenue, un amour accidentel que les deux parties vont mettre du temps à intégrer. C’est que Mademoiselle Chambon n’est qu’une institutrice remplaçante qui risque de plier bagages très vite. Surtout, Jean est de son côté impliqué dans une vie familiale heureuse avec sa femme (Aure Atika), douce et jolie son fils et son père (Jean-Marc Thibault) qu’il semble tout particulièrement chérir.

A personnages modestes, réalisation modeste. Stéphane Brizé, outre ses dialogues minimalistes, parfois tellement banals qu’on y croit d’autant plus, a réussi à mettre en place un dispositif filmique qui réussit à mettre en valeur la douceur de sentiments de ses interprètes. Ancien couple à la ville, Sandrine Kiberlain et Vincent Lindon incarnent avec courage et talent de jeunes soupirants à l’écran. Les longs gros plans scrutateurs du réalisateur, ainsi que la parcimonie des mouvements de la caméra, le plus souvent fixe, comme cherchant à capter un sentiment sur le vif, permettent aux acteurs de jouer dans la retenue sans que cela fasse daté, et de moduler leur jeu comme leurs personnages modulent leur vie : doucement, sans casser ce qui a été créé précédemment. Une belle leçon pour un maçon.

Morgan Le Moullac

Mademoiselle Chambon

- Sortie le 14 octobre 2009
- Drame, France, 1h41, 2009
- Réalisé par Stéphane Brizé, scénario de Stéphane Brizé et Florence Vignon, d’après Eric Holder
- Produit par Gilles Sacuto, Miléna Poylo
- Photographie de Antoine Héberlé
- Montage de Anne Klotz
- Décors de Valérie Saradjian
- Avec : Vincent Lindon, Sandrine Kiberlain, Aure Atika, Jean-Marc Thibault, Arthur Le Houérou, Bruno Lochet


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mercredi 14 octobre 2009
 
 
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