Plus de vingt ans près le mythique Hellraiser : Le Pacte, soit le premier volet de la plus longue série de films horrifiques (quatre films et quatre téléfilms) jusqu’à présent, le romancier anglais Clive Barker revient au cinéma produire une adaptation de sa nouvelle tirée du premier tome des Livres de Sang, et intitulée en français Le Train de l’abattoir.
Les adeptes du romancier que Stephen King plaçait lui-même à sa succession, seront heureux d’apprendre que l’on retrouve dans ce film violent et morbide la plupart des grands thèmes de Clive Barker. Sado-masochisme, fascination pour le mal, exploration d’univers parallèles effrayants, démembrement, fétichisme et bien sûr, des litres de sang bien rouge. Charmant programme.
Le pitch de ce Midnight Meat Train est simple et efficace. Leon Kaufman (Bradley Cooper) est un photographe qui, pour exposer dans la gallerie de l’impitoyable Susan Hoff (Brooke Shields), doit pénétrer au coeur de la ville pour en capturer les extraits les plus sombres. Ses pérégrinations dans le métro le conduiront à faire la rencontre d’un homme aussi intriguant qu’imposant (Vinnie Jones), un certain Mahogany qui serait, Leon s’en rend compte au fil de ses filatures, lié à une série de disparitions survenues au milieu de la nuit. Mahogany l’emènera effectivement au plus profond du coeur de la ville...

Alors que c’était le français Patrick Tatopoulos, chef-décorateur sur Dark City d’Alex Proyas, qui devait mener à bien ce projet, le bébé est finalement retombé dans les mains du japonais Ryuhei Kitamura dont Midnight Meat Train est la première sortie hors de ses frontières. Et le résultat est mitigé, côté réalisation. Si les scènes d’action, nombreuses et sanglantes, sont plutôt réussies et vont dans le sens d’une intensification progressive vers l’horreur, c’est du côté de l’atmosphère générale du film que le bât blesse. Le choix d’imposer une ambiance glaciale et aseptisée lors des scènes se déroulant dans le métro, à l’aide de filtres bleus et de décors d’une propreté irréaliste, permet certes de faire le lien entre les deux vies de Mahogany, boucher dans un entrepôt le jour et boogeyman dans le métro la nuit. Mais cette sur-esthétisation semble bien souvent incompatible avec les thématiques viscérales du film et la volonté de son personnage principal de se plonger dans les abîmes noirs de la ville.
Ce qui fait la réussite de ce Midnight Meat Train, récompensé à la dernière édition du festival du film fantastique de Gerardmer, se situe ailleurs. Dans le scénario, émaillé de quelques dialogues assez stupides, mais qui a su reprendre intelligemment les grands thèmes de Clive Barker, notamment cette idée de frontière entre deux mondes qui vivent dans une quasi ignorance l’un de l’autre, une frontière limitée ici symboliquement par le passage du dernier métro sur une voie marquée d’un feu rouge.
L’autre bonne raison d’aller voir ce film d’horreur vraiment dérangeant, c’est son casting. Si le couple formé de Bradley Cooper et Leslie Bibb, qui joue sa fiancée, manque singulièrement d’âme, la performance de Vinnie Jones vaut à elle seule le coup. L’ancien footballeur professionnel réputé pour la brutalité de son jeu ne s’est pas ramolli en changeant de métier. Il suffit de se rappeller son rôle tout en nerfs de Big Chris dans Arnaques crimes et Botanique. Dans Midnight Meat Train, il ne dira qu’un seul mot - et quel mot ! -, son regard noir pénétrant, ses épaules de déménageur et ses mains d’ours maniant une masse énorme et quelques instruments tous plus affutés les uns que les autres étant son principal langage, un langage corporel digne des plus grands sérial killers démoniaques du cinéma, depuis Leatherface de Massacre à la tronçonneuse jusqu’à Michael Myers de la série des Halloween.
Morgan Le Moullac
Midnight Meat Train
Sortie le 29 juillet 2009
Horreur, Etats-Unis, 1h25, 2007
Réalisé par Ryuhei Kitamura, scénario de Jeff Buhler, d’après Clive Barker
Produit par Clive Barker, Gary Lucchesi, Eric Reid, Tom Rosenberg, Jorge Saralegui, Richard Wright
Photographie de Jonathan Sela et John Smith
Montage de Toby Yates
Direction artiqtique de Lisa Vasconcellos
Avec : Bradley cooper, Leslie Bibb, Vinnie Jones, Brooke Shields, Roger Bart, Tony Curran

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