Dans la course à distance qui se joue entre les studios Pixar et Dreamworks, chaque nouvelle sortie de film est l’occasion de vérifier un peu plus les spécificités propres à chaque studio, à chaque école pourrions-nous dire. De Toy Story à Wall E, les studios Pixar ont toujours mis l’accent sur un scénario humaniste construit autour de la confrontation de deux mondes différents, une confrontation qui permet de développer des thèmes comme la tolérance et la découverte de l’inconnu. De Fourmiz à Kung-Fu Panda en passant par leur porte drapeau Shrek, les studio Dreamworks Animation ont toujours essayé de créer des dessins animés divertissants pour les petits et les plus grands. Le second degré, les parodies et les clins d’œil en tout genres sont devenus leur marque de fabrique ; le style parodique ayant l’avantage de fonctionner à la fois au premier et au second degré, ce qui leur assure un public plus large.
Monstres contre Aliens est à ce titre un modèle du genre. Il satisfera les enfants par son scénario simple et efficace comme une bataille de Playmobiles affrontant des soldats de plomb, son rythme suffisamment élevé pour retenir l’attention, et ses personnages hauts en couleurs issus de l’imagination débridée de ses grands enfants de concepteurs. Mais ce film de Rob Letterman et Conrad Vernon donnera également aux plus grands l’occasion de tester leurs connaissances de cinéphiles orientées dans le film de genre. Tout comme Shrek regorgeait de références aux contes, Monstres contre Aliens est clairement inspiré par les films de série B et autres films de monstres.

Susan Murphy est une jolie jeune femme qui, le jour de son mariage avec Derek, un présentateur télé aux dents longues, reçoit un météorite sur la tête. Elle se met alors à pousser jusqu’à devenir aussi grande qu’un immeuble. Récupérée par l’armée, celle qui est re-nommée Génormica se retrouve coincée dans un bâtiment secret en compagnie d’autres monstres tous plus étranges les uns que les autres. Il y a le Maillon manquant, une sorte de compromis vantard entre le singe et le reptile, il y a le BOB, soit un dessert expérimental en gelée qui a pris vie, il y a l’Insectosaure, soit une larve colossale et le Docteur Cafard, un savant fou à tête de cafard. Toute cette petite équipe devra bientôt contrer les visées expansionnistes d’un Alien belliqueux et resté trop longtemps tout seul dans l’espace.
La recette Dreamworks est d’une simplicité qui n’a de commune mesure que son efficacité. Trop simple et trop efficace diront certains : entre le style parodique à gogo et le recyclage attrape-nigaud, la frontière est mince. Mais les références n’arrivent dans Monstres contre Aliens jamais comme un cheveux sur la soupe. Les films de genre étant soumis à des impondérables, des scènes impossibles à esquiver, l’utilisation de la parodie permet de se soumettre à ces lois tout en évitant de tomber dans le cliché. La scène de prise de contact entre humains et aliens, par exemple, est inévitable dans un film sur les extra-terrestres ; les réalisateurs et les scénaristes en ont fait une parodie du film classique de Steven Spielberg, Rencontre du troisième type. C’est ainsi que Le Blob et Ghost Busters sont invoqués pour le personnage de Bob, La Mouche pour le Docteur Cafard, La Créature du Lac Noir pour le Maillon manquant, Bullit pour la course-poursuite dans San-Francisco, les films de Roger Corman pour Genormica... Des références qui fourmillent dans le film et donnent un peu d’épaisseur (superficielle ?) à un scénario très léger.
Reste que le travail de l’animation est magnifique et d’une fluidité sans faille, les défis ne manquant pas au départ, pour ce qui est du problème de l’échelle par exemple, quand une géante de plusieurs dizaines de mètres doit se retrouver dans le même plan qu’un cafard un peu plus grand que la normale... Au rayon des voix françaises, on notera surtout la diction aristocratique de Stéphane Freiss qui donne un vrai relief à son personnage de Docteur Cafard. Louise Bourgoin fait le travail proprement et Julien Doré est très naturel dans le rôle du journaliste ambitieux et horripilant.
Morgan Le Moullac
Monstres contre Aliens
Sortie le 1er avril 2009
Animation, Etats-Unis, 1h33, 2008
Réalisé par Rob Letterman et Conrad Vernon, scénario de Maya Forbes, Wallace Wolodarsky, Rob Letterman, Jonathan Aibel, Glenn Berger, Conrad Vernon
Produit par Lisa Stewart
Musique de Henry Jackman
Montage de Joyce Arrastia, Eric Dapkewicz
Avec les voix françaises de : Stéphane Freiss, Louise Bourgoin, Julien Doré, Jérôme Rebbot, Gilles Morvan, Patrick Bethune, Gilbert Levy

envoyer par mail