Mais qu’est-il arrivé à Alex Proyas ? Lui qui filmait si bien les corbeaux dans The Crow, lui qui était parvenu avec Dark City à proposer une alternative ultra-sombre et fascinante à la philosophie de Matrix avant même que le premier épisode ne sorte, lui qui en deux petits films avait réussi à s’imposer comme un maître du film de genre, capable d’installer une ambiance sombre et poétique en quelques plans, le voilà réduit à jouer les réalisateurs de studio, récupérant les scénario de block-busters oubliés sur quelque table abandonnée d’un restaurant hollywoodien.
Certes, l’efficacité de I, Robot l’avait classé parmi les réussites d’un genre envahi par les mauvaises herbes, mais l’impression que l’auteur de Dark City pouvait faire beaucoup mieux gâchait déjà le paysage. Une chose est certaine, c’est qu’avec Prédictions, Alex Proyas n’est pas retourné vers un cinéma plus personnel. L’histoire est aussi simple qu’alambiquée : statisticien, John Koestler (Nicolas Cage) se retrouve par l’intermédiaire de son fils en possession d’une feuille remplie de chiffres apparemment sans suite, mais qui se trouve être en réalité une série de dates indiquant toutes les plus grandes catastrophes de l’humanité... jusqu’à la dernière, l’Apocalypse. Pour un cinéaste aussi noir et pessimiste qu’Alex Proyas, le thème de l’Apocalypse est une aubaine qu’il s’est chargé de faire fructifier au cours de quelques scènes réussies, grâce entre-autres à des effets spéciaux impressionnants.

Mais le scénario de Prédictions est par trop déséquilibré, et écrit à gros traits pour que la sauce prenne vraiment. Commençant comme un film fantastique "classique", avec son poncif de la petite-fille-au-regard-inquiétant-qui-a-des-connexions-avec-un-autre-monde, Prédictions devient rapidement un film catastrophe qui n’hésite pas à recycler la vieille casserole du gentil scientifique divorcé/veuf (rayer la mention inutile), qui fait une découverte vitale, mais que personne ne veut croire. Le dernier tiers du film a dû être écrit un dimanche : Prédictions tend alors vers une science-fiction mystique peu convaincante, prévisible et inutile.
A cela s’ajoute un casting raté. Nicolas Cage fait le strict minimum et ne semble même pas vouloir essayer de renouveler son jeu. Le premier rôle féminin est tenu par Rose Byrne de façon anonyme, et les deux enfants qui ont des rôles d’importance dans le film sont tellement peu crédibles qu’Alex Proyas a parfois dû se montrer ingénieux pour ne pas gâcher certaines scènes.
Au milieu de tout ça, le réalisateur a le mérite de se battre pour essayer d’imposer son esthétique et sa noirceur. Mis à part le revirement final à la Dan Brown, Prédictions est d’un pessimisme qui tranche avec la moyenne de ses congénères films à pop-corn. Plus désespéré que Le Jour d’après, son message est moins tristement pédago, mais plus inquiétant. Prédictions a pour titre en V.O Knowing, traduction : "savoir". Et c’est bien là ce que semblent fuir tous les personnages du film, depuis la petite fille rejetée parce qu’elle sait des choses, jusqu’au scientifique qui se noie dans l’alcool parce qu’il ne veut pas savoir, la connaissance est dans ce film comme un fardeau, voire une malédiction. Difficile de ne pas se sentir gêné par de telles idées, surtout quand le final grandiloquent aiguille la connaissance vers le sentiment mystique.
Morgan Le Moullac
Prédictions
Sortie le 1er avril 2009
Science-fiction, Etats-Unis, 2h, 2008
Réalisé par Alex Proyas, scénario de Stiles White, Juliet Snowden, Stuart Hazeldine, Alex Proyas, Ryne Pearson
Produit par Todd Black, Jason Blumenthal, Steve Tisch, Alex Proyas
Photographie de Simon Duggan
Musique de Marco Beltrami
Montage de Richard Learoyd
Décors de Steven Jones-Evans
Costumes de Terry Ryan
Effets spéciaux de Angelo Sahin
Avec : Nicolas Cage, Rose Byrne, Chandler Canterbury, Ben Mendelsohn, Nadia Townsend, Adrienne Pickering, Liam Hemsworth

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