Les dents des plus éminents holmésiens grincent déjà : voila que leur héros favori, le détective au violon et à la pipe, va faire l’objet d’une adaptation à la sauce blockbuster hollywoodien. Depuis sa création sous la plume d’Arthur Conan Doyle, Sherlock Holmes est un peu plus qu’un simple personnage de fiction, c’est un mythe. Et comme tous les mythes, il est frappé d’une sorte de tabou qui le rend intouchable, et donc qui le fige. A l’heure du cinéma numérique, du grand spectacle et du haut-débit, la rencontre promettait d’être intéressante. Surprise : le choc est moins important que prévu. A vrai dire, le film de Guy Ritchie est même plutôt fidèle à l’esprit des écrits du romancier anglais, le principal élément perturbateur étant le décalage obligé entre une histoire se déroulant au XIXe siècle et une production bénéficiant de la technologie la plus moderne. Mais qui a dit qu’un film d’époque devait être tourné avec les moyens de l’époque ?
Le Sherlock Holmes version Guy Ritchie raconte le combat mené par le détective anglais (Robert Downey Jr) et son acolyte, le docteur Watson (Jude Law), contre un criminel, manipulateur de talent, l’infâme Blackwood (Mark Strong). Tout comme dans les nouvelles de Conan Doyle, le pitch de l’enquête tient en quelques lignes. Raccourcie à l’extrême, l’intrigue du film est même aussi simple que celle d’un épisode de Scooby Doo. Mais la personnalité des différents protagonistes de l’histoire, l’atmosphère de l’époque valaient bien quelques développements, souvent teintés d’un humour plus américain qu’anglais, qui expliquent la longueur du film. Surtout, Guy Ritchie a pris soin de rendre compte de ce qui fait le génie de Holmes, à savoir son sens, sa science même du détail significatif. Un genou souillé, une marque sur la peau sont plus éloquents qu’un grand discours... sauf que n’est pas Sherlock qui veut et celui-ci doit à plusieurs reprises décrire en détail le déroulement de ses déductions. Un procédé à la fois rythmique et narratif qui se rapproche des enchaînements de causalités chers au réalisateur d’Arnaques, crimes et botanique.

On est en terrain connu, donc, mais pas forcément en terrain conquis. Car si la grande caste des holmésiens l’attendaient, la canne prête à frapper, Guy Ritchie a pris le parti de jouer lui aussi l’offensive en montant un Sherlock Holmes débridé, sans complexe, nouveau mais pas infidèle. Il y a parfois plus d’action que de réflexion, Holmes est un peu plus moralisateur tout en étant un peu plus immoral que dans le canon holmésien, mais le réalisateur et les scénaristes du film ont aussi à leur crédit une volonté de démythifier le mythe en lui enlevant certains attributs faussement originels comme la fameuse réplique "élémentaire mon cher Watson".
Voila Sherlock Holmes dépoussiéré pour de bon. Le mérite n’en revient pas qu’à Guy Ritchie, loin de là. Les acteurs du film participent en grande part à sa réussite. Il y a d’abord, évidemment, Holmes, interprété avec panache et humour par un Robert Downey Jr inspiré et qui s’est probablement beaucoup amusé sur le tournage. Ensuite, Jude Law incarne un Watson très british, contrebalançant à la perfection les élans hallucinés de son ami par une retenue qui lui sied à merveille. L’intriguant Blackwood est joué par Mark Strong, qui aura eu des rôles plus complexes à assumer. En méchant à qui rien ne résiste, il est comme un poisson dans la Tamise. Dans des rôles secondaires, le polyvalent Eddie Marsan est un inspecteur Lestrade de qualité, tandis que Kelly Reilly et Rachel McAdams assurent avec sensualité et esprit le côté féminin de l’enquête.
Morgan Le Moullac
Sherlock Holmes
Sortie le 3 février 2010
Comédie, Etats-Unis, Royaume-Unis, Australie, 2h05, 2009
Réalisé par Guy Ritchie, scénario de Anthony Peckham, Simon Kinberg, Michael Robert Johnson, d’après Arthur Conan Doyle
Produit par Lionel Wigram, Joel Silver, Susan Downey, Dan Lin
Musique de Hans Zimmer
Photographie de Philippe Rousselot
Montage de James Herbert
Direction artistique de Sarah Greenwood, Nick Gottschalk, Matthew Gray, Niall Moroney
Avec : Robert Downey Jr., Jude Law, Mark Strong, Rachel McAdams, Kelly Reilly, James Fox, Eddie Marsan, Robert Maillet, William Hope, Hans Matheson

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