C’est en pleine Bourgogne que prend place l’histoire de Sois Sage. Une jeune femme au sourire mystérieux s’y installe et commence son emploi d’aide dans une boulangerie, racontant à qui veut l’entendre qu’elle est fiancée à un jeune homme qui l’attend en Angleterre, ou bien qu’elle était fiancée avant que son amoureux ne décède tragiquement. Menteuse quand elle n’est pas mutique, cette jeune femme qui se fait appeler Eve semble porter un lourd secret qui explique sa présence sur ces terres où habitent également un pianiste et sa famille, un foyer duquel Eve va progressivement se rapprocher, à la fois attirée et effrayée par ce qu’elle pourrait y trouver.

Avec sa photographie aussi travaillée que celle des poster Ikea dans lesquels la nature semble toujours recouverte d’une épaisse couche de plastique, avec ses bruitages tendance "bruit de la glace fondue remuée par une grande cuiller en inox" ou "bruit de la pâte à pain pétrie par des mains vigoureuses sur une planche en bois enfarinée", avec ses dialogues trop peu rares mais chargés d’un sens si lourd qu’il pèse même sur la pellicule, Sois Sage ressemble à un condensé de cinéma pseudo-expérimental naïf et bourré de clichés.
Dans ce film, la réalisatrice Juliette Garcias voulait explorer non pas le pourquoi, mais le produit d’un drame familial destructeur particulièrement dérangeant et tabou. En n’essayant pas de comprendre et encore moins de juger les personnages de son film, ni d’expliquer un acte ignoble, la réalisatrice fait preuve d’une forme d’humilité et de pudeur qui l’honorent, mais qui laissent traîner son film dans une sorte de no man’s land narratif où il ne se passe rien et n’arrivera jamais rien, d’autant que formellement, l’ensemble est pompeux.
Partant d’une théorie intéressante bien que fantasmée et invérifiable, Juliette Garcias, qui est aussi scénariste, a fait de sa victime, Eve, une jeune femme qui doit se reconstruire du tout au tout - soit - , réapprenant même les plus sommaires des sensations, comme si elle renaissait au monde, et c’est ici que cela devient plus compliqué. Le résultat, entre l’expérimental et le drame familial, se veut réaliste mais ne parvient pas un seul instant à sembler naturel. Trop alambiqué, trop sophistiqué, trop étrange... tous les traits sont forcés sauf ceux qui devraient dessiner les contours des personnages au cœur du film. A peine esquissés, sans relief ni cohérence, ces personnages principaux que sont Eve et Jean n’arrivent même pas à avoir un peu de profondeur malgré le talent de ses interprètes, Anaïs Demoustier et Bruno Todeschini.
Morgan Le Moullac
Sois Sage
Drame, France, 1h31, 2008
Ecrit et réalisé par Juliette Garcias
Produit par Marianne Slot
Montage de Catherine Vilpoux
Photographie de Julien Hirsch
Avec : Anaïs Demoustier, Bruno Todeschini, Nade Dieu

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