Cinéma

The Chaser : panique dans le poulailler


Pour son premier long-métrage, le réalisateur sud-coréen Na Hong-Jin réussit à installer une atmosphère noire, oppressante et profondément pessimiste, bien servie par des décors magnifiques et des acteurs au jeu intuitif et sauvage.

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A Séoul, Joong-Ho, un ancien policier reconverti dans le proxénétisme, voit toutes ses prostituées disparaître mystérieusement. Brutal, macho, sans pitié, Joong-Ho a toutes les qualités pour faire un bon mac, sauf qu’un mac sans poule, c’est comme un expresso sans café, ça ne sert à rien. Croyant qu’un renard habile vient visiter sa basse-court dès qu’il lui tourne le dos afin de se constituer son propre poulailler, Joong-Ho décide de mener sa petite enquête.

Après le puissant Old Boy de Park Chan-wook, voici donc la nouvelle pépite de film noir venue de Corée du Sud, signée Na Hong-Jin. Même si Old Boy traitait essentiellement du thème de la vengeance alors que The Chaser est plutôt centré sur la justice impuissante, celui-ci emprunte à celui-là une vraie noirceur esthétique et formelle, et un scénario dont le caractère rocambolesque est vite effacé par l’efficacité de la mise en scène et un suspense maîtrisé.

Dans The Chaser, tout le monde poursuit quelqu’un. Les prostituées poursuivent leurs clients ou inversement, Young-Min, le renard, poursuit les prostituées et est lui-même chassé par Joong-Ho et la police, qui s’en prend également à Joong-Ho. Cette foire à la cavale aurait rapidement dû virer à la foire d’empoigne, l’action se déroulant en grande partie dans un unique quartier de Séoul, une sorte de dédale mystique et sombre fait de rues étroites qui se croisent étrangement, et les protagonistes étant assez nombreux.

Mais ce serait sans compter sur la roublardise de Na Hong-Jin qui a doté ses personnages d’une certaine forme d’impuissance, sexuelle pour le serial-killer, cognitive pour les policiers qui sont ridiculisés à longueur de film et temporelle pour Joong-Ho, qui est le seul à pouvoir anticiper les actions de Young-Min mais se retrouve toujours en retard sur lui. De là naît un suspense déroutant, au diapason du rythme du film. Car entre les scènes de course-poursuite et d’affrontement et les scènes de pause où le rythme retombe, c’est indubitablement dans ces derniers cas que la tension et la noirceur sont les plus palpables, car c’est toujours dans ces moments là que le tueur est le plus efficace.

L’autre originalité du film de Na Hong-Jin réside dans le fait que l’ennemi à abattre est connu très vite, et même incarcéré tôt dans le film sur la base de ses propres aveux. Ce sont les policiers mêmes et Joong-Ho qui ne voudront pas croire au départ à l’horreur des crimes commis par ce jeune homme glaçant. Cette inversion des valeurs - le criminel se rend, les policiers lui rendent sa liberté - est aux dires du réalisateur une façon de rendre hommage aux films noirs. Mais dans les faits, c’est surtout une façon particulièrement efficace d’installer un climat oppressant puisque le spectateur sait dès le commencement qu’il ne pourra compter que sur la ténacité de Joong-Ho, même si celui-ci est constamment en retard...

A l’image de l’une des armes préférée du tueur, un marteau, soit une arme sale, physique, violente, chargée idéologiquement et effrayante par son caractère commun, le premier film de Na Hong-Jin est particulièrement noir et pessimiste, et sa réussite provient essentiellement de son opposition assez réaliste entre ceux qui courent et ont donc la possibilité de fuir et ceux qui restent immobiles , à portée de main, et qui vont mourir. Une opposition primaire mais redoutable qui fait de The Chaser une incontestable réussite du genre.

Morgan Le Moullac

The Chaser

- Sortie le 18 mars 2009
- Policier, Corée du Sud, 2h03, 2007
- Ecrit et réalisé par Na Hong-Jin
- Produit par Kim Su-jin et Yun In-beom
- Photographie de Lee Sung-je
- Décors de Lee Mi-bog
- Montage de Kim Su-min
- Musique de Kim Jun-seok et Choi Yong-rock
- Avec : Kim Yoon-suk, Ha Jung-woo et Seo Young-hee


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mardi 17 mars 2009
 
 
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