Cinéma

Thirst, ceci est mon sang : les remords d’un vampire


Thérèse Raquin au pays des vampires : le dernier film de Park Chan-Wook est audacieux et globalement réussi. Visuellement inattaquable, le film confirme le très grand talent du metteur en scène sud-coréen

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Quelques années après la sortie du bluffant Old Boy, Park Chan Wook semblait avoir perdu de sa créativité et/ou de sa verve punchy. Lady Vengeance était relativement décevant et Je Suis un Cyborg oubliable. Place maintenant à Thirst, ceci est mon sang, une variation sur le thème du vampire à la sauce Park Chan-Wook, avec des morceaux de vengeance, de mélodrame, une pincée de thriller, une autre d’humour et d’érotisme et une bonne dose d’hémoglobine.

Entre Old Boy, où le sang devait être versé pour que la vengeance s’accomplisse, et Thirst, où il ne doit surtout pas se perdre car il nourrit les personnages principaux du film, le sang nourricier semble être une grande récurrence, ce qui dénote déjà un certain goût du risque tant le sang est difficile à filmer correctement. Sang-Hyun (Song Kang-Ho) est un jeune prêtre coréen qui, à la suite d’une transfusion malencontreuse, devient vampire. Après la rencontre de Tae-Ju (Kim Ok-Vin), la femme d’un ami d’enfance dont il tombe amoureux, le prêtre et sa maîtresse vont entrer dans une spirale faite de meurtres et de remords, de suspicion et de folie.

Le style percutant de Old Boy est absent de Thirst, mais à la place, Park Chan-Wook a adopté un style aérien et lyrique, une esthétique choc qui mêle et superpose les contraires dans des scènes parfois magnifiques, originales et parfaitement maîtrisées. La scène d’amour entre Sang-Hyun et Tae-Ju est intense et sensuelle. La scène qui voit la belle-mère de Tae-Ju, paralysée, tenter de dénoncer avec ses pauvres moyens les meurtriers de son fils, est glaçante et chargée d’une tension presque insoutenable. La scène dans laquelle Sang-Hyun et Tae-Ju s’affrontent dans un appartement blanc immaculé qui ne tarde pas à virer au rouge dégoulinant est terrifiante.

Grâce à une réalisation stylisée à l’extrême, mais aboutie, mais expérimentée, Park Chan-Wook parvient à faire oublier les errements du scénario et les quelques longueurs qui émaillent le film. La stylisation vire parfois - rarement - au maniérisme, mais le réalisateur a toujours cette volonté d’étonner, de placer le spectateur dans des lieux qu’il croit connaître mais dans lesquels il se sent perdu. Mettant en vis à vis des thématiques multiples et parfois opposables, comme le chaud - la passion amoureuse, la folie destructrice, l’assouvissement des fantasmes - et le froid - l’ascèse, le remords, le sacrifice de soi - le réalisateur symbolise par là toute la puissance de ce couple infernal formé de Tae-Ju et de Sang-Hyun, un couple uni par une maladie, par un meurtre, par une passion, mais qu’un calcul différent de la valeur de la vie humaine sépare.

Le point final de l’histoire, plus contemplatif et mélancolique qu’explosif, achève de montrer l’intention permanente du réalisateur de s’affranchir des carcans du film de genre, ce qu’il fait parfois avec un brio digne d’un talent de metteur en scène que l’on devine (ou espère) encore partiellement inexploité.

Morgan Le Moullac

Thirst, ceci est mon sang

- Fantastique, Corée du Sud, 2h13, 2008
- Réalisé par Park Chan-Wook, scénario de Park Chan-wook, Chung Seo-kyung
- Produit par Park Chan-wook, Ahn Soo-hyun
- Photographie Chung Chung-hoon
- Musique de Cho Young-wuk
- Montage de Kim Jae-Bum, Kim Sang-Bum
- Décors de Ruy Seong-hie
- Costumes de Cho Sang-kyeong
- Avec : Song Kang-Ho, Kim Ok-vin, Kim Hae-Sook, Shin Ha-Kyun, Park In-hwan


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mardi 29 septembre 2009
 
 
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