Avec sa petite gueule de minet et son physique de porteur de caleçon siglé, Ashton Kutcher a fait des ravages auprès de la gente féminine dans quelques unes des comédies romantiques les plus oubliables de ces dernières années. Toy Boy, son dernier défilé cinématographique n’a pourtant rien à voir avec ses pauvres prédécesseurs Pour le Meilleur et pour le rire ou Sept ans de séduction. La surprise est que ce film se laisse tout simplement regarder, et même avec un certain plaisir.
C’est que le bellâtre n’est pas aussi creux que sa filmographie pourrait le laisser supposer. Il y a d’abord son talent comique, indéniable depuis son rôle culte de grand dadais stupide dans la série That 70’s show ou celui similaire de l’inénarrable Eh, Mec, elle est où ma caisse ?. Il y a ensuite une certaine faculté d’adaptation qui lui a permis de s’en tirer honorablement de rôles plus dramatiques dans des films comme L’Effet Papillon ou Bobby. Mais il y a surtout un véritable talent d’auto-dérision qui, dans Toy Boy, rend son personnage de beau gosse superficiel à pleurer beaucoup moins désagréable que redouté.
Le film est séparé en deux partie. Dans la première, Nikki écume les boîtes de nuit et autres lieux branchés de Los Angeles à la recherche d’une nouvelle jeune femme à séduire ou éventuellement d’une riche moins jeune femme à dérider pour le bien de son portefeuille. Il rencontre alors la séduisante Samantha (Anne Heche) avocate renommée au coup de bassin redoutable et parvient à se faire entretenir pour leur plus grand bonheur. Ce bonheur se veut athlétique, et la majorité de la première partie du film est une succession de postures du Kamma sutra en nu intégral, l’occasion pour les homme comme pour les femmes de se rincer l’oeil joyeusement. Il était dit que ce film respecterait la parité car dans sa seconde partie, les rôles s’inversent et c’est Nikki qui va tomber amoureux d’une jeune brune piquante, Heather (Magarita Levieva), avant de se rendre compte qu’elle est son pendant féminin et que lui, l’apollon irrésistible n’est devenu qu’un vulgaire jouet sexuel. Toy Boy prend alors un tour romantique qui aurait pu se révéler lassant si les scénariste n’avait pas cru bon, à raison, d’écrire une comédie où tout ne se termine pas dans le meilleur des mondes.

C’est l’autre bonne surprise de ce film : le scénario et la réalisation ne sont pas anodins. D’un côté, les auteurs Jason Hall et Paul Kolsby ont concocté une histoire parfois cruelle et des dialogues souvent crus qui, sans arracher un éclat de rire à la minute, ne sont pas désagréables et tranchent avec la sou-soupe qui nous est trop régulièrement servie dans le genre. De l’autre côté, la caméra de David MacKenzie, digne réalisateur du récent et réussi My Name is Hallam Foe, se fait classieuse et inspirée quand la mise en scène (si si il y en a une) s’attache à reconstruire avec une distance ironique les techniques et les enjeux de la séduction que cela se situe en soirée avec Heather, au bord d’une piscine avec Samantha ou en pleine rue avec une pervenche... Pour une comédie romantique estivale, on n’en demandait même pas tant.
Morgan Le Moullac
Toy Boy
Sortie le 8 juillet 2009
Comédie, Etats-Unis, 1h35, 2008
Réalisé par David MacKenzie, scénario de Jason Hall et Paul Kolsby
Produit par Jason Goldberg, Peter Morgan, Ashton Kutcher
Photographie de Steven Poster
Musique de John Swihart
Montage de Nicholas Erasmus
Décors de Cabot McMullen
Avec : Ashton Kutcher, Anne Heche, Margarita Levieva, Sebastian Stan, Rachel Blanchard, Eric Balfour

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