1,2,3 Léonmardi 4 mars 2008
Programme d’animation regroupant quatre courts métrages, Chez Madame Poule de Tali, La Bouche cousue de Catherine Buffat et Jean-Luc Gréco, Sientje de Christa Moesker et le plus long Hiver de Léon de Pierre-Luc Granjon et Pascal Le Nôtre, 1,2,3 Léon est le dernier né de studios valenciennois Folimage, qui depuis 1981 produisent des séries télévisées, des courts et des longs métrages d’animation pétillants et pertinents. Les techniques utilisées dans les quatre courts du programmes sont variées : dessins et coloration sur papier, marionnettes, dessin animé traditionnel ou animation de volumes coexistent pour créer un ensemble dont la cohérence est thématique plus que visuelle. Ce qui s’impose assez vite à la vision de ces quatre œuvres, c’est que les histoires qui y sont racontées n’ont pas grand chose à voir avec celles que l’on raconte habituellement aux enfants. Déroutantes voire dérangeantes, elles évoquent les relations parents / enfants dans leurs formes conflictuelles et génératrices d’angoisse.
D’habitude, les rôles sont parfaitement définis : les parents sont les protecteurs, les figures d’autorité, les enfants les protégés, et ceux qui doivent obéir, qu’ils le fassent ou pas. Dans les courts-métrages d’1,2,3 Léon, les frontières entre les personnages sont floues : le fils de la poule pourrait être son coq, bonhomme assis à longueur de journée devant la TV, Sientje est une sorte de monstre dont on ne peut déterminer l’âge, les passagers du bus de La Bouche Cousue sont deux adultes qui endossent des rôles de père et de fils et dans L’Hiver de Léon, l’ours parce qu’il quitte ses parents adoptifs n’est plus fils sans être encore père.
Mais le plus plaisant et le plus pertinent, c’est qu’1,2,3 Léon ne se contente pas de brouiller les pistes des identités. Le programme, surtout L’Hiver de Léon, confère à celui qui détient la parole et l’art de raconter, le pouvoir d’être celui qui protège et rassure. Enfants ou parents qu’importe, celui qui sait parler et raconter des histoires est le plus fort. C’est là une des belles idées véhiculée par le film qui rend un hommage jubilatoire au récit. Le titre même du programme y renvoie : " 1, 2, 3, Léon", c’est le décompte des court-métrages qui précèdent l’apparition de Léon, comme une comptine ou une formule magique pour mieux faire advenir le récit qui se dénonce comme tel puisque il s’ouvre sur une enluminure médiévale, support traditionnel du conte.
Parents et enfants dans 1,2,3 Léon sont alternativement rassurants ou rassurés et ce qui leur confère un rôle protecteur n’est pas leur âge ou leur statut mais leur capacité à parler et à raconter. Fascinants court-métrages que ces quatre jolies histoires tendrement angoissantes mais qui parviennent à montrer que force et fragilité sont des qualités mouvantes, qui passent d’un personnage à l’autre en même temps que la maîtrise de la parole et l’art du récit. 1,2,3 j’irai voir Léon... Pauline Soulat 1,2,3 Léon est projeté à Paris dans le cadre de la programmation jeune public L’Enfance de l’art, jusqu’à la fin juillet 2008.
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