A l’occasion de ses vingt-cinq ans, le célèbre club de jazz parisien Sunset-Sunside recevait David Linx & Diederick Wissels Quartet. Trois sets de cinquante minutes pour un concert intimiste et séduisant.
En quinze ans de collaboration et sept albums, David Linx et Diederick Wissels, respectivement chanteur et pianiste belges, ont inventé en duo un jazz européen, mélodique et groovy. Accompagnés avec talent et sensibilité à la section rythmique par Christophe Wallemme (contrebasse), et Stéphane Huchard (batterie), ils ont charmé le public passionné et ouvert du temple du jazz. Une formule cohérente servant improvisations, relecture de standards (dont « Everytime we say goodbye », clin d’oeil à Ella Fitzgerald) et redécouverte du répertoire de leurs débuts. L’étroitesse de la salle a d’emblée privilégié une ambiance feutrée mais chaleureuse, et assurément différente de l’atmosphère des festivals auxquels le quartet est familier (Vienne, Nice, La Villette…). Porté par les mélodies émouvantes de Diederick Wissels, réputé parmi les pianistes comme l’un des meilleurs accompagnateurs, et les rythmes précis et inspirés de Wallemme et Huchard, David Linx se livre à de surprenantes acrobaties vocales. La voix est caressante, voluptueuse, aérienne, sa prestation dynamique et convaincante. A la spontanéité du maître du scat répondent la sensibilité unique de Wissels et la discrétion vibrante de la section rythmique. Le quartet hésite constamment entre calme et dynamisme, alterne mélodies sereines et airs énergiques, bascule de l’intimisme à la générosité. Chacun semble indispensable au succès de leurs compositions inventives : expressivité et charisme du fer de lance du jazz vocal, lyrisme poétique du pianiste et fluidité swingante du contrebassiste et du batteur. Tous ont, depuis leur début, multiplié les collaborations avec de nombreux musiciens. Mais une cohérence parfaite s’instaure entre eux dés l’interprétation des premiers morceaux, comme s’ils dialoguaient sans jamais se couper la parole, chacun paraissant nécessaire à la prestation des autres. Et cette connexion gagne aussi le public, subjugué et conquis. Une belle combinaison pour célébrer un quart de siècle de jazz.
Camille Tenneson
