Chanteur caméléon aux couleurs vert, jaune et rouge, Heartical Théos dépose sa griffe dans des univers aussi différents que le rap, le reggae, le dancehall ou même le soca. Peu d’artistes aujourd’hui s’illustrent par un tel éclectisme avec l’habileté qui caractérise Heartical. On l’aura compris, chez lui, musique rime avec racines. Originaire de Guadeloupe et de Martinique, il est l’héritier de l’édifice musical de la Jamaïque voisine, dont le père spirituel Bob Marley a posé la première pierre dans les années 60 : dénoncer les failles du système, clamer la souffrance du peuple, chanter la quête d’identité d’une société postcoloniale, mais aussi diffuser un message universel de paix, d’unité, d’espoir. On retrouve tout cela dans l’œuvre de Heartical Théos, avec des chansons comme Roots & Culture ou Palpable. À cette nuance près que Heartical actualise le propos par une tendance nettement plus contestataire, en soulignant les réalités qui sont les nôtres aujourd’hui : aliénation au Star System, société de consommation, uniformisation de la culture, addictions… Vous avez dit artiste engagé ? Nous avons dit : « caméléon ».
Car il peut tout aussi bien écrire sur n’importe quel sujet du quotidien. Il est l’un des rares à ne sacrifier ni la musique au message, ni le message à la musique. Pour les amateurs de sonorités aussi bien crunky que langoureuses, rythmées ou nonchalantes, la voix à la fois rauque et suave de Heartical est un double plaisir des oreilles et de l’esprit. Danser et penser, c’est donc là son invitation. Lui a galamment accepté la nôtre afin de répondre à quelques questions.
Constat Constant
Roots & Culture
Palpable
Musique evous : Cela fait une vingtaine d’années que tu chantes. Comment expliques-tu le fait que tu sois encore underground aujourd’hui ?
Heartical Théos : À une époque, j’ai beaucoup démarché les majors avec mes maquettes. Mais l’industrie du disque est très formatée. Sous couvert de l’offre et de la demande, on voulait me faire rentrer dans un moule : que je chante comme Sean Paul… Moi, je suis plutôt revendicatif. Si je suis toujours underground, c’est parce que je ne me laisse pas faire.
M.e. : On t’entend sur des styles vraiment très différents. Comment parviens-tu à être aussi créatif ?
H.T. : Pour moi, chanter, c’est très facile et tout naturel. Je chante depuis que je suis tout petit. N’étant pas issu d’un milieu favorisé, je n’ai jamais pu faire d’école de musique, mais il y a beaucoup de musiciens dans ma famille. J’ai toujours écrit des chansons. Je m’inspire de tout ce que je vois, de ce que j’entends, de ce que je touche ; en somme, de ce que je vis. Même des choses insignifiantes auxquelles les gens ne prêtent pas attention peuvent être une source d’inspiration. Je parle aussi beaucoup de choses positives, car c’est ce que j’ai envie de mettre en avant.
M.e. : Tes messages sont vraiment très engagés. Qu’est-ce qui te met en colère et te pousse à écrire ?
H.T. : Ce qui me met en colère, c’est qu’il n’y ait aucune unité entre les hommes issus de différentes nations, ce qui mène à des conflits. Je pense notamment à ce qui se passe au Darfour, aux conditions de vie en Afghanistan… Nous sommes tous des êtres humains mais nous n’arrivons pas à nous entendre. Ce qui me met en rogne, c’est l’injustice, et le fait de voir que la loi ne garantisse pas la justice. J’ai des textes assez revendicatifs, et on peut interpréter cela comme de la violence, mais ça ne l’est pas. Je fais très attention à ce que je dis. Je ne cite pas de noms, je ne vais pas dire « ne vote pas pour un tel », mais, grâce aux métaphores, le message sera clair et aura encore plus d’impact. Il ne faut pas être trop explicite, car le but n’est pas de choquer.
M.e. : Artiste underground, est-ce une identité qui se revendique ou qui se subit ?
H.T. : Underground, cela signifie littéralement « qui sort de la rue ». Moi, je subis le fléau underground, car cela m’empêche de vivre de ma passion.
M.e. : Toi qui est un témoin de la première heure, que penses-tu de l’évolution du hip-hop aujourd’hui ?
H.T. : Il y a certaines choses qui sont énervantes. On critique beaucoup les Américains, mais on copie sur eux. Le gangsta rap en France, par exemple, je trouve ça bidon. À l’origine, le rap parlait de la drogue, de la misère dans les ghettos… Aujourd’hui, on donne plus dans l’insulte, la vulgarité et l’incitation à la violence. Et les rappeurs vendent des disques d’or avec ça.
M.e. : Au stade où tu es, quels sont tes souhaits en tant qu’artiste ?
H.T. : Être reconnu. Pas connu, mais reconnu. Je suis en train de préparer mon album sous un label indépendant ; le rêve, évidemment, serait de signer avec une maison de disques.
Biographie
Malgré son ancienneté (cela fait quelque vingt ans qu’il est dans la musique) et un talent incontestable, Heartical Théos reste encore peu connu du grand public. Dans les années 90, il chante en première partie des membres du groupe Assassin et du poids-lourd jamaïcain Buju Banton. Après diverses scènes et collaborations, il fonde Heartical Family, un collectif d’artistes se produisant régulièrement et rencontrant un franc succès dans la région lyonnaise. Une association, Caraïbes Musique, naît en vue de monter un label. Diverses compilations sont sorties dans les bacs de la région Rhônes-Alpes et ont été mises en téléchargement sur Internet (entre autres, Polityko in your face, Heartical Family in di Area…).
Heartical Théos prépare actuellement un nouvel album sous un label indépendant, dont la sortie est prévue pour novembre 2008. Un disque très personnel qui promet, une fois de plus, un melting-pot de sonorités.
Liens :
Blog de Heartical Théos
Myspace de Heartical Théos
Écoute et téléchargement de chansons
Concours SFR Jeunes Talents


